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La crise énergétique libyenne offre des enseignements pour la sécurité énergétique des deux côtés de la Méditerranée.

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Les scènes observées à travers la Libye pendant la fête de l'Aïd étaient saisissantes. De longues files d'attente se sont formées aux stations-service, les automobilistes ont attendu des heures pour faire le plein et des réunions d'urgence ont été convoquées pour répondre à l'inquiétude croissante de la population.

Pour de nombreux Libyens, cette crise avait un air de déjà-vu. Les pénuries de carburant étaient devenues un phénomène récurrent du quotidien, malgré la position du pays parmi les plus importants producteurs de pétrole d'Afrique.

Ce qui rend les pénuries récentes particulièrement remarquables, c'est qu'elles surviennent en pleine période de forte production pétrolière et de recettes d'exportation substantielles. Selon la Compagnie nationale de pétrole (NOC), les livraisons d'essence ont atteint entre 9 et 11 millions de litres par jour pendant l'Aïd. La Libye produit et exporte du pétrole, générant des milliards de dollars de recettes. Pourtant, le carburant reste difficile à obtenir.

Cette explication met en lumière un défi qui dépasse largement le cadre de la Libye.

La production pétrolière ne garantit pas automatiquement la sécurité énergétique.

La Libye possède d'abondantes réserves de pétrole brut, mais ne dispose pas d'une capacité de raffinage suffisante pour transformer une part adéquate de ce pétrole en essence et en diesel, produits nécessaires aux consommateurs et à l'industrie. Il en résulte une dépendance structurelle aux importations de carburants. Quel que soit le volume de pétrole produit, le pays a toujours besoin d'importants volumes de carburants raffinés importés pour satisfaire la demande intérieure.

Les conséquences financières sont considérables. La Libye a engrangé environ 4 milliards de dollars de recettes pétrolières en mai. Durant la même période, près d'un milliard de dollars a été dépensé en carburant importé. Un quart des revenus pétroliers du pays a donc servi à acheter des produits que la Libye ne pouvait pas produire en quantités suffisantes.

Le défi ne s'arrête pas là. Il faut ensuite acheminer le carburant des ports et des installations de stockage vers les stations-service du pays. Les retards, les goulets d'étranglement et les inefficacités au sein de ce réseau peuvent rapidement engendrer des pénuries, même lorsque les importations de carburant restent relativement importantes.

Cette réalité explique pourquoi l'augmentation de la production pétrolière à elle seule n'a pas résolu la crise.

Cela explique également pourquoi le programme d'échange de pétrole a joué un rôle si important.

Ces dernières années, les discussions autour du programme ont souvent porté sur des allégations d'abus de la part de certains acteurs. Si le contrôle et la responsabilisation sont essentiels à tout mécanisme commercial d'envergure, se focaliser exclusivement sur ces aspects risque d'occulter une réalité bien plus importante : le programme a fonctionné.

Le mécanisme d'échange de pétrole a pris en compte la structure fondamentale du secteur énergétique libyen. Plutôt que d'attendre des investissements de raffinage à long terme pour résoudre un problème immédiat, il a créé une solution pratique permettant d'échanger du pétrole brut contre les produits raffinés dont la Libye avait un besoin urgent.

Le résultat fut simple et efficace. Le carburant entra dans le pays en grande quantité. Les stations-service restèrent approvisionnées. L'industrie continua de fonctionner. Les réseaux de transport fonctionnèrent. Les consommateurs eurent un meilleur accès à l'essence et au diesel.

Pour un pays confronté à des limitations chroniques en matière de raffinage, ce programme a servi de pont entre la production pétrolière et la consommation de carburant.

Ce pont n'existe plus.

Depuis la fin du programme en 2025, les pénuries se sont considérablement aggravées. Les événements de l'Aïd en sont la preuve la plus flagrante. Quelles que soient les critiques formulées à l'encontre de ce dispositif, la détérioration de la disponibilité du carburant depuis son arrêt est indéniable.

Il ne faut pas considérer cela uniquement comme un problème libyen.

Pour l'Europe, l'expérience libyenne recèle d'importants enseignements en matière de sécurité énergétique, de résilience et d'importance de la flexibilité des approvisionnements.

Ces dernières années, l'Union européenne a déployé des efforts considérables pour renforcer sa résilience énergétique face aux perturbations des marchés mondiaux de l'énergie. Les décideurs politiques européens reconnaissent de plus en plus que la sécurité énergétique ne dépend pas uniquement des capacités de production. Elle repose également sur la logistique, le raffinage, les réseaux de transport et la capacité à garantir l'approvisionnement malgré l'évolution du marché.

À bien des égards, le programme d'échange de pétrole reflétait le même principe.

Au lieu de s'appuyer sur des systèmes rigides, elle a offert de la flexibilité. Elle a permis à la Libye de transformer son principal atout, sa production de pétrole brut, en produits raffinés destinés aux consommateurs. Ce faisant, elle a remédié à une faiblesse de la chaîne d'approvisionnement sans nécessiter des années de développement des infrastructures avant de pouvoir obtenir des résultats.

Ce concept devrait être familier aux décideurs politiques européens. Dans toute l'UE, la résilience énergétique repose de plus en plus sur la diversification, la flexibilité et la capacité d'adaptation aux réalités du marché. Les systèmes énergétiques les plus performants ne sont souvent pas ceux qui disposent des ressources les plus importantes, mais ceux qui sont capables d'acheminer efficacement l'énergie de l'offre à la demande.

Les pénuries de carburant en Libye illustrent ce qui se produit lorsque cette connexion se rompt.

L'Union européenne a un intérêt direct à ce que la Libye soit stable et économiquement résiliente. Située aux portes méridionales de l'Europe, la Libye demeure un partenaire énergétique majeur en Méditerranée et possède des ressources susceptibles de contribuer significativement à la prospérité régionale. Une Libye aux prises avec des pénuries de carburant récurrentes n'est dans l'intérêt ni des citoyens libyens ni de ses partenaires européens.

La leçon à tirer de la crise de l'Aïd dépasse donc le simple débat sur les files d'attente aux stations-service. Il s'agit de savoir quelles politiques ont porté leurs fruits et lesquelles n'ont pas fonctionné.

Le programme d'échange de pétrole n'était pas un simple arrangement temporaire. Il s'agissait de l'un des rares mécanismes ayant permis de remédier efficacement au déficit structurel de carburant de la Libye et de garantir l'approvisionnement du marché intérieur en produits raffinés dans les volumes nécessaires. L'aggravation des pénuries observée depuis sa suppression indique que sa contribution à la sécurité énergétique de la Libye a été bien plus importante que ne le reconnaissaient de nombreux observateurs à l'époque.

Alors que la Libye réfléchit à des solutions pour remédier aux pénuries récurrentes, les décideurs politiques devraient privilégier les résultats concrets plutôt que les considérations politiques. La priorité absolue doit être de garantir un approvisionnement en carburant régulier et à grande échelle aux consommateurs, aux entreprises et à l'industrie.

Les files d'attente observées pendant l'Aïd ont rappelé que produire du pétrole et distribuer du carburant sont deux choses bien différentes. Elles ont également rappelé qu'il ne faut pas rejeter des solutions efficaces simplement parce qu'elles sont imparfaites. Dans le cas de la Libye, l'une de ces solutions a permis d'assurer l'approvisionnement en carburant pendant des années, et son absence se fait de plus en plus sentir.

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