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L'avenir du Kazakhstan : une porte d'entrée entre l'Est et l'Ouest

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Indépendant depuis le 16 décembre 1991, le Kazakhstan occupe une place particulière en Asie centrale : c’est le plus grand et le plus occidentalisé des cinq États d’Asie centrale, avec un territoire cinq fois supérieur à celui de la France. Il est le plus grand pays musulman du monde, avec une superficie de 2 717 300 km², selon le média arabe Arabia Weather (Arabia Weather, janvier 2022). Par ailleurs, RFI.fr le qualifie de poids lourd parmi les cinq républiques d’Asie centrale. Une étude menée par Laurent Pinguet de l’IRIS, intitulée Kazakhstan : un pays d'avenir, ont déjà témoigné de l’importance cruciale de ce pays (Pinguet, L., avril 2018).

Le Kazakhstan est le leader économique de l'Asie centrale, contribuant à lui seul à plus de la moitié du PIB régional. En tant que première puissance économique de la région, le Kazakhstan a permis à sa population d'améliorer son niveau de vie et de réduire le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté. Le pays aspire à s'affirmer comme un « pont d'or entre la Chine et l'Europe,« Selon son président Kassym-Jomart Tokaïev, avec son voisin l’Ouzbékistan, leader démographique de la région, ces deux pays devraient être les acteurs les plus importants dans les années à venir. »

Sur le site web français Major Prépa, dédié à la préparation aux grandes écoles d'enseignement supérieur, le Kazakhstan est présenté comme exemple. Il est notamment décrit comme «Le Kazakhstan, une puissance d'équilibre. »

Kazakhstan : une puissance d'équilibre ?

Ce concept En relations internationales, cette expression s'applique généralement à des pays comme la France, qui ne s'alignent pas pleinement sur les grandes puissances. En effet, un «puissance d'équilibrage« acteur » désigne un acteur (souvent un État, comme le Kazakhstan ou la France dans certaines doctrines) qui cherche à maintenir un équilibre géopolitique en agissant sur plusieurs fronts, sans s’aligner pleinement sur un bloc majeur, souvent grâce à sa position stratégique ou à ses ressources (comme l’uranium), afin de préserver son indépendance et ses intérêts – un peu comme un funambule jonglant avec des forces contradictoires.

Kazakhstan : un pays au carrefour de deux continents

Carrefour stratégique entre l'Europe et l'Asie, enclavé au cœur du « Heartland », Le Kazakhstan tire sa force de son rôle d'interface commerciale et diplomatique (Major Prépa).

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"TLes pays eurasiens qui composent l'Asie centrale sont situés au cœur même du monde (Heartland).« écrit Lindley (2009). Le Kazakhstan occupe une position unique au carrefour de l’Europe et de l’Asie. »

D’un point de vue géostratégique, le Kazakhstan se conçoit comme une plateforme mondiale. Partageant 7 500 kilomètres de frontière avec la Russie et plus de 1 700 kilomètres avec la Chine, le pays est géographiquement le mieux placé pour s’engager avec ces deux puissances, écrit Voulkovski, H. (1er novembre 2023).

Depuis plusieurs années, ce pays est considéré comme l'un des États clés situés à l'intersection de plusieurs continents, comme le résume bien le livre de Barcellini, L. (2017), ancien journaliste de France 24 et France 5, intitulé Kazakhstan : une jeune nation entre la Chine, la Russie et l'Europe.

Par ailleurs, la chaîne francophone « La Minute Géographie » a diffusé une vidéo intitulée « Kazakhstan : un géant méconnu ». De plus, l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS), organisme d’intérêt public et l’un des principaux think tanks français, a publié un article intitulé « Kazakhstan : un nouvel épicentre géostratégique ? » et organisé une conférence sur le même thème. Sur son site web, l’IRIS affirme que « le Kazakhstan est aujourd’hui considéré comme l’un des territoires pivots de l’Asie centrale. Plus encore, il se perçoit comme un carrefour géopolitique entre l’Est et l’Ouest. »

En outre, grâce à ses vastes ressources naturelles et minérales, à sa position géostratégique et au dynamisme de ses plus de 120 groupes ethniques, le Kazakhstan s’affirme aujourd’hui comme un pivot essentiel entre la Chine, la Russie et l’Europe, écrit Guilbert (mars 2018).

Le Kazakhstan occupe une position géographique stratégique, au carrefour des civilisations. Sa frontière avec l'Iran chiite se situe à seulement 350 km et il s'ouvre sur le monde arabo-musulman (Voulkovski, 1er novembre 2023). De plus, deuxième puissance du monde turcophone, le Kazakhstan est également un acteur majeur de l'Organisation des États turcophones.

Pour s'imposer comme une puissance pivot, le Kazakhstan investit dans le développement des corridors de transport transcaspiens et la construction d'un réseau multimodal connecté.

Un pays clé sur la nouvelle route de la soie

En 2013, la Chine a lancé l'initiative « la Ceinture et la Route » (BRI), un projet ambitieux qui place le Kazakhstan au cœur d'une politique visant à désenclaver le Xinjiang et à étendre son influence vers l'Asie centrale. Pour Pékin, le Kazakhstan représente un maillon stratégique, souvent désigné comme la « boucle de la ceinture », reliant la Chine à l'Europe. Cette position fait du pays un partenaire clé pour les échanges commerciaux et le développement des infrastructures.

La Chine est l'un des principaux partenaires économiques et commerciaux du Kazakhstan, notamment depuis le lancement de l'initiative « Ceinture et Route », conférant au Kazakhstan un rôle important de plaque tournante du transit.

D'après La Libre (12 décembre 2025), l'un des principaux quotidiens belges, 85 % du trafic ferroviaire sino-européen transite par le Kazakhstan (un chiffre en hausse de 62 % entre 2023 et 2024). Ce trafic passe très probablement par la ville de Dostyk.

Dostyk et sa ville jumelle chinoise, Alashankou, revêtent une importance stratégique pour le commerce ferroviaire sino-européen, qui transite à 85 % par le Kazakhstan, neuvième pays le plus peuplé au monde. Les conteneurs au départ de Dostyk/Alashankou, ainsi que de Khorgos/Altynkol, plus au sud, peuvent atteindre l'Europe soit via la Russie (la voie traditionnelle), soit désormais via le Corridor central transcaspien (TITR), formant ainsi un corridor transcaspien.

Cette voie alternative, plébiscitée par les Européens souhaitant contourner la Russie, suscite un intérêt croissant depuis l'invasion russe de l'Ukraine, note la Banque mondiale. Les volumes ont augmenté de 668 % entre 2021 et 2024, selon des données officielles citées par La Libre.

C’est pourquoi le Kazakhstan développe sa capacité de fret ferroviaire le long de la Route internationale de transport transcaspienne (TITR), ce qui lui permet de contourner les infrastructures russes entre la République populaire de Chine (RPC) et l’Europe. Parmi les investissements majeurs figurent une deuxième ligne ferroviaire Dostyk-Moiynty et plus de 2 100 kilomètres de nouvelles voies ferrées, renforçant le rôle croissant du Kazakhstan sur les routes commerciales entre la RPC et l’Europe. Ces investissements accrus dans le secteur ferroviaire stimulent les exportations kazakhes, notamment céréalières, vers la RPC et au-delà, reflétant la politique étrangère multivectorielle du Kazakhstan, qui vise à accroître sa prospérité et son influence par le commerce, comme le souligne Daly (6 septembre 2025) sur Jamestown.org, un groupe de réflexion américain.

Un partenaire clé de l'Europe

Il y a quelques semaines, en décembre 2025, le Kazakhstan et l'Union européenne ont célébré le 10e anniversaire de la signature de l'Accord de partenariat et de coopération renforcé (APCR), conclu en décembre 2015.

Les échanges commerciaux entre l'UE et l'Asie centrale s'élèvent à environ 55 milliards d'euros, dont plus de 49 milliards concernent le Kazakhstan. Astana demeure le principal partenaire économique de l'UE dans la région.

« Plus de 3 000 entreprises affiliées à des intérêts européens opèrent au Kazakhstan, pour un total d’investissements dépassant 200 milliards de dollars. Le pays a également été le premier de la région à signer un accord de partenariat et de coopération renforcé (EPCA) avec l’UE en 2015 », écrit Zajmi, X. (28 octobre 2025).

Des pays comme la France cherchent à renforcer leur partenariat avec le Kazakhstan. En novembre 2023, Emmanuel Macron s'est rendu à Astana pour consolider les partenariats stratégiques.

« Depuis 1992, la France et le Kazakhstan entretiennent d'excellentes relations. Le Kazakhstan est le premier producteur et exportateur mondial d'uranium, un métal essentiel à l'industrie nucléaire, secteur énergétique prioritaire pour la France. « La France, qui cherche à renforcer son secteur nucléaire, se tourne vers le Kazakhstan pour trouver des solutions », écrit Voulkovski, H. (1er novembre 2023).

Le Kazakhstan est ainsi le deuxième fournisseur de pétrole brut de la France. Les entreprises françaises du secteur sont très actives au Kazakhstan. Par exemple, TotalEnergies détient une participation de 16.81 % dans l'accord de partage de production pétrolière de la mer Caspienne septentrionale. De plus, pas moins de 170 entreprises françaises sont implantées dans le pays.

Le 28 mai, veille de l'ouverture officielle du Forum international d'Astana (AIF) 2025, un forum bilatéral franco-kazakh exceptionnel, organisé par MEDEF International, a réuni l'une des plus importantes délégations françaises jamais accueillies au Kazakhstan. Aux côtés de Laurent Saint-Martin, ministre délégué au Commerce extérieur, et de Bruno Fuchs, président de la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale, étaient présents les dirigeants de grands groupes industriels français tels qu'EDF, Orano, Alstom, TotalEnergies, Thales et Airbus. Étaient également présents Emmanuel Dupuy, président de l'IPSE, Pierre Maurin, initiateur d'un symposium franco-kazakh à l'Assemblée nationale début mai, et Michaël Levystone, cofondateur de l'Observatoire de la Nouvelle Eurasie (ONE) et doctorant au Centre de recherche Europe-Eurasie (CREE, INALCO), écrit Le Gal de Kerangal, A. (4 juin 2025).

À l'issue de cette réunion, pas moins de 17 accords stratégiques ont été signés. Ceux-ci portent sur la coproduction d'énergie – notamment d'hydrogène et d'énergie nucléaire civile –, la modernisation du réseau ferroviaire kazakh par Alstom, le développement d'infrastructures de transport multimodal le long du corridor transcaspien, ainsi que la coopération en matière de cybersécurité, de transition numérique, de formation professionnelle et de diplomatie climatique.

Un autre domaine clé du partenariat Kazakhstan-UE concerne matières premières critiques. Le 7 novembre 2022, l'UE a signé un accord Protocole d'entente avec le Kazakhstan Établir un partenariat stratégique sur les matières premières durables, les batteries et les chaînes de valeur de l'hydrogène renouvelable.

Par ailleurs, le Kazakhstan se positionne désormais comme un pont numérique entre l'Europe et l'Asie. « Dans le cadre de l'Accord de partenariat et de coopération renforcé (EPCA), qui célèbre son dixième anniversaire, et de la feuille de route 2025-2026 qui en découle, Bruxelles et Astana incluent désormais explicitement la "transformation verte et numérique" parmi leurs priorités communes », écrit Zajmi, X. (4 novembre 2025) pour Euractiv.

Fin 2025, le Kazakhstan, le Kirghizistan et l'Ouzbékistan ont signé des accords importants avec la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) et la Banque européenne d'investissement (BEI) lors du Forum mondial Gateway qui s'est tenu à Bruxelles le 10 octobre. En 2026, une visite du roi Philippe de Belgique au Kazakhstan est également prévue, témoignant ainsi de la volonté de renforcer les relations belgo-kazakhes et, plus largement, les relations entre l'UE et le Kazakhstan.

Le cas exemplaire d'une politique multivectorielle

Avec son politique multivectorielle qui cherche à maintenir un équilibre entre la Russie, la Chine et l’Union européenne, le Kazakhstan construit une nouvelle identité d’État basée sur une population hétérogène qui favorise la tolérance religieuse et éthique, selon Radvanyi, J. (2011).

Depuis l’arrivée au pouvoir de Kassym-Jomart Tokayev en 2019, le Kazakhstan s’est effectivement engagé dans une stratégie de « souveraineté ouverte ». Il rejette la logique par blocs et se positionne comme un médiateur actif, d’abord parmi ses voisins, mais aussi entre les puissances moyennes et les grandes puissances, selon Le Gal de Kerangal, A. (4 juin 2025).

Membre simultané de l'Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS) et de l'Union économique eurasiatique (UEEA), le Kazakhstan multiplie les alliances sur tous les fronts, l'Union européenne étant son principal partenaire commercial et investisseur. De plus, grâce à sa position stratégique, le pays a bénéficié d'un regain d'intérêt pour l'Asie centrale depuis le 11 septembre 2001, offrant aux puissances occidentales un point d'appui à la fois au Moyen-Orient et aux portes de la Chine.

Un concept géopolitique clé applicable au Kazakhstan est l'eurasisme. Cette idéologie affirme que le pays appartient autant à l'Europe qu'à l'Asie et tire sa force de cette double appartenance. Ce positionnement n'est pas purement rhétorique : il sert à justifier une politique multivectorielle qui tisse simultanément des liens avec Moscou, Pékin, Bruxelles, Ankara et Washington. De plus, la partie européenne du Kazakhstan est plus étendue que de nombreux pays européens, comme la Belgique ou la Suisse.

Cette posture et cette position géostratégique permettent au Kazakhstan de s'affirmer comme un acteur incontournable, capable d'interagir avec des systèmes politiques et économiques très différents tout en bénéficiant de son rôle central dans les reconfigurations régionales.

Le Kazakhstan multiplie ainsi les partenariats et mise sur le multilatéralisme. Membre de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS) depuis 2001, il cultive un axe fort avec la Chine, comme mentionné précédemment, mais aussi avec l'Occident (Europe et États-Unis). De fait, octobre et novembre 2025 ont été marqués par une intensification des relations kazakho-américaines. Ces semaines ont été marquées par une visite de haut niveau à Astana de Sergio Gor, envoyé spécial des États-Unis pour l'Asie du Sud et l'Asie centrale, et de Christopher Landau, secrétaire d'État adjoint, ainsi que par la récente visite du président Kassym-Jomart Tokaïev aux États-Unis.

Le Kazakhstan accorde également une place centrale aux Nations Unies, dont il est membre depuis 1992 et où Kassym-Jomart Tokaïev a occupé le poste de Secrétaire général adjoint. Cette approche équilibrée lui permet d'entretenir des relations avec des puissances parfois rivales tout en renforçant son influence dans des domaines stratégiques tels que la sécurité, l'énergie et la diplomatie économique.

Le Kazakhstan ne se contente pas de ses atouts géopolitiques : il ambitionne également de devenir un leader technologique régional. Il accueille Digital Bridge, le plus grand forum technologique d’Asie centrale, vitrine des ambitions numériques promues par Tokaïev. Le président a affirmé sa volonté de faire du pays une « nation numérique pionnière », capable d’attirer les investisseurs et de stimuler l’innovation locale.

La principale puissance économique d'Asie centrale et un pays riche en ressources

Avec 50 % du PIB de l'Asie centrale, le Kazakhstan domine largement l'économie régionale. Le pays détient à lui seul plus de 40 % des réserves mondiales d'uranium, couvrant 40 % des besoins de la France, et produit plus de la moitié des 34 matières premières stratégiques recensées par les marchés internationaux.

Selon les calculs de la Banque mondiale, le Kazakhstan abrite plus de 5 000 gisements non découverts d'une valeur estimée à plus de 46 billions de dollars américains, comme le cite EIAS (2025).

Comme indiqué précédemment, le Kazakhstan est également le plus grand pays de la région. Avec 2.7 millions de km², il représente près des deux tiers de la superficie de l'Asie centrale.

Dans un entretien accordé à revueconflits.com, le colonel Stéphan Samaran, directeur du département « Stratégies, normes et doctrines » de l’IRSEM, a déclaré à propos du Kazakhstan :

« Grâce à un sous-sol contenant l’intégralité des éléments du tableau périodique de Mendeleïev, le Kazakhstan possède un potentiel de richesse considérable, notamment grâce aux revenus tirés des exportations d’hydrocarbures et d’uranium. À ces ressources minérales s’ajoutent la culture des céréales et l’élevage, qui garantissent non seulement l’autosuffisance alimentaire, mais aussi d’importants excédents exportés vers le sud et l’est. » (Samaran, S., 19 novembre 2020)

Le président Tokaïev cherche à garantir l'autonomie du pays en réduisant sa dépendance aux exportations de matières premières et en privilégiant un modèle axé sur l'innovation. À titre d'exemple, le Centre financier international d'Astana (AIFC) a été créé en 2018 pour attirer les investissements et stimuler l'économie.

Grâce à la mer Caspienne, le Kazakhstan bénéficie d'un statut d'exportateur majeur d'hydrocarbures. À titre d'exemple, les hydrocarbures représentaient 60 % de ses exportations en 2023. Le pays ambitionne même de dépasser les 100 millions de tonnes de production pétrolière annuelle d'ici 2026. En 2025, le Kazakhstan figurait au 11e rang mondial des exportateurs de pétrole brut, notamment grâce au gisement géant de Kashagan en mer Caspienne, qui représente 40 % des réserves du pays.

En 2026, le Kazakhstan confirme son rôle d'acteur majeur du commerce mondial, exportant plus de 800 types de produits vers un vaste réseau de partenaires internationaux.

Au-delà des ressources naturelles, le secteur des services représente environ 52 % du PIB.

Ce territoire riche en ressources confère au Kazakhstan une certaine résilience : durant la pandémie de Covid-19, la récession générale n’a pas gravement affecté le pays, qui a tout de même enregistré une croissance du PIB de 3.4 % en 2022. Il continue aujourd’hui encore de dégager un excédent commercial.

En définitive, le Kazakhstan se caractérise par son adaptabilité et sa modernité. À titre d'exemple, en 2024, le ministre de l'Énergie a annoncé la construction d'une raffinerie de pétrole d'une capacité de 10 millions de tonnes par an, dont la mise en service était prévue pour 2032. Ceci illustre à quel point les ambitions en matière de sécurité énergétique sont au cœur des stratégies énergétiques du Kazakhstan.

Diplomatie exemplaire et acteur de paix

Le Kazakhstan est devenu exemplaire sur le plan diplomatique. Par exemple, en 2014, le pays a refusé de soutenir l'annexion de la Crimée. Autre exemple notable : sa volonté affichée de s'opposer à la guerre en Ukraine.

En effet, le Kazakhstan – et l’Asie centrale dans son ensemble – redessine les rapports de force sur l’échiquier international. Les 29 et 30 mai 2025, la capitale Astana a accueilli plus de 5 000 participants venus de plus de 70 pays, parmi lesquels des représentants des pouvoirs publics, des chefs d’entreprise, des universitaires et des décideurs politiques, à l’occasion du deuxième Forum international d’Astana (AIF), écrit Le Gal de Kerangal, A. (4 juin 2025) pour revueconflits.com.

Le Kazakhstan s'est forgé une réputation de médiateur sur la scène internationale. En 2017, il a accueilli la signature de l'Accord d'Astana par la Russie, l'Iran et la Turquie, ouvrant la voie au processus d'Astana visant à pacifier la guerre civile syrienne. Ce format de négociation, qui se tient régulièrement dans la capitale, sert de plateforme aux acteurs du conflit en quête d'un règlement politique.

En assumant ce rôle de facilitateur, le pays renforce son image d'État pragmatique, capable de dialoguer avec des puissances aux intérêts divergents et de créer des espaces de dialogue là où la diplomatie traditionnelle échoue. Le Kazakhstan est ainsi à la fois une puissance d'équilibre et un médiateur entre les grandes puissances.

Cette république laïque, peuplée majoritairement de musulmans (sunnites et chiites, environ 70 % de la population) et de chrétiens orthodoxes (25 %), constitue un important carrefour religieux. Cette diversité a permis au Kazakhstan de devenir un modèle de dialogue permanent pour préserver la coexistence pacifique.

À cette fin, depuis 2003, Astana organise tous les trois ans le Congrès des dirigeants des religions mondiales et traditionnelles, réunissant des représentants de toutes les confessions. Cette diplomatie spirituelle efficace s'étend au-delà des frontières : elle permet au Kazakhstan de maintenir le dialogue avec l'Afghanistan et de fournir une aide humanitaire à sa population, sans soutenir ni reconnaître le régime taliban au pouvoir, renforçant ainsi son image de puissance d'équilibre.

Un média marocain écrit que « Le Kazakhstan, comme le Maroc, est considéré comme un pays de tolérance et de coexistence. »» (Lyakoubi, D., 20 avril 2022).

« Au Kazakhstan, le principe de tolérance religieuse est inscrit dans la Constitution de l’État. Les villes kazakhes regorgent de magnifiques mosquées et d’églises orthodoxes qui coexistent harmonieusement », note un article publié par l’Agence Fides (septembre 2025).

Enfin, en 2025, Kassym-Jomart Tokayev a réitéré son appel à une réforme du Conseil de sécurité de l'ONU, plaidant pour une plus grande représentation régionale et une responsabilité accrue des grandes puissances dans le maintien de la paix et de l'intégrité territoriale lors du Forum international d'Astana.

Le Kazakhstan et l'Ouzbékistan, main dans la main pour créer le nouveau Turkestan

Le Kazakhstan est un pays enclavé, privé d'accès direct à la mer. Confronté à la pression russe et à son isolement maritime, il se rapproche de plus en plus de ses voisins, notamment de son pays frère, l'Ouzbékistan.

Le 8 août 2024, Kassym-Jomart Tokayev a publié une tribune appelant à une « renaissance de l'Asie centrale » aux côtés du Kirghizistan, du Tadjikistan, du Turkménistan et de l'Ouzbékistan.

« Tokayev estime que le développement national doit se faire avec les voisins plutôt que contre eux, comme le démontre la création de coentreprises telles que la société textile Alliance entre le Kazakhstan et l’Ouzbékistan », déclare le major Prépa (14 février 2023).

Le colonel Stéphan Samaran appuie ce point de vue, affirmant que malgré la domination économique du Kazakhstan, ces deux pays sont les deux poids lourds de la région, unis par leurs forces. Il ajoute : « Pour les trois autres pays de la région (le Kirghizistan, le Tadjikistan et le Turkménistan), le Kazakhstan est généralement perçu comme bienveillant et généreux. Au-delà de sa domination économique, son leadership diplomatique est considéré non comme une contrainte, mais comme un atout pour l’ensemble de la région. »

Le 14 novembre 2025, Tokaïev est arrivé à Tachkent en visite d'État à l'invitation de Mirziyoyev. Les deux dirigeants ont tenu des entretiens à huis clos, participé au Conseil intergouvernemental suprême du Kazakhstan et de l'Ouzbékistan et lancé sept projets conjoints d'une valeur de 1.2 milliard de dollars, écrit Haidar, A. (20 novembre 2025) pour timesca.com.

Enfin, suite à une initiative du dirigeant national turkmène Gurbanguly Berdimuhamedov, le format de coopération de l'Asie centrale (C5) — Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan, Turkménistan et Ouzbékistan — a été élargi pour inclure l'AzerbaïdjanCette intégration transforme la plateforme en un bloc plus puissant, axé sur la coopération en matière de sécurité, de commerce, d'énergie et, surtout, de connectivité via le Corridor central. Il convient de rappeler que l'Azerbaïdjan est un partenaire clé du Kazakhstan et de l'Ouzbékistan. Par conséquent, ces pays – le Kazakhstan, l'Azerbaïdjan et l'Ouzbékistan – sont déterminés à faire de cette région le cœur du monde dans les années à venir.

En juillet, le Kazakhstan, l'Azerbaïdjan et l'Ouzbékistan ont lancé l'Union du Corridor Vert, une coentreprise basée à Bakou visant à coordonner les efforts régionaux en matière d'énergie durable.

Formée par Azerenergy, KEGOC du Kazakhstan et les réseaux électriques nationaux d'Ouzbékistan, cette initiative soutient le projet de corridor d'énergie verte reliant l'Azerbaïdjan et l'Asie centrale.

Les trois pays ambitionnent de remodeler le paysage énergétique régional en exportant leurs surplus d'électricité renouvelable vers l'Europe, une initiative pleinement alignée sur les objectifs de l'UE en matière de climat et de sécurité énergétique.

Conclusion

En résumé, la force du Kazakhstan réside dans le fait qu'il est le plus grand pays d'Asie centrale, situé le long des routes historiques de la soie, et qu'il figure parmi les dix premiers producteurs mondiaux de charbon, de chrome, de manganèse, de potassium, de titane, d'uranium et de zinc, tout en possédant d'importantes ressources en terres rares.

Le Kazakhstan demeure une destination de choix pour le commerce et les capitaux. Bénéficiant d'une croissance soutenue (4.8 % du PIB en 2024, avec une projection de 5.4 % pour 2025) et d'une stabilité politique renforcée, le pays a attiré à lui seul 63 % des investissements directs étrangers (IDE) d'Asie centrale en 2024, soit 17 milliards de dollars sur un total régional de 27 milliards de dollars, les IDE cumulés dépassant les 300 milliards de dollars depuis l'indépendance en 1991.

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EUReflect Kazakhstan : un pays d’avenir entre l’Asie et l’Europe ? | EUReflect | EUReflect

Eurasiefocus, Le Kazakhstan à la croisée des chemins

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Photo par Viktor Hesse on Unsplash

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