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Liban, Hezbollah et le prix de la prudence

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Un habitant du kibboutz Misgav Am, en Haute Galilée, secoue la tête en décrivant l'explosion d'un drone près de la maternelle du village. « Par miracle, il n'y avait personne à l'intérieur », dit-il. « Mais cela n'empêche pas les familles avec de jeunes enfants de partir ou de prévoir de partir. Ici, il faut surveiller le ciel en permanence et se réfugier dans les abris. Si un drone apparaît au-dessus de Tel Aviv, c'est la panique dans tout le pays. Ici, dans le nord, la vie est normale. » écrit Fiamma Nirenstein.

La déclaration du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, selon laquelle « nous intensifions nos opérations au Liban », l'expansion des Forces de défense israéliennes au-delà de la ligne de sécurité de huit kilomètres pour intercepter missiles et drones, détruire tunnels et infrastructures terroristes, renforcer la zone tampon et mener des incursions de plus en plus profondes jusqu'à Tyr – mais pas Beyrouth – n'ont pas apaisé les cris de détresse d'un pays dont la frontière nord demeure sous bombardements, évacuations et siège. Le chef d'état-major des Forces de défense israéliennes, le lieutenant-général Eyal Zamir, s'est exprimé sans détour : Israël doit être prêt à atteindre Beyrouth si l'on veut contraindre le Hezbollah à respecter le cessez-le-feu du 15 mai, prolongé ultérieurement de 45 jours et réaffirmé par les États-Unis comme condition nécessaire à la poursuite des négociations avec l'Iran.

L'espoir que le président libanais Joseph Aoun atteigne son objectif déclaré de démanteler le Hezbollah – ce « État dans l'État » qui a dépouillé le Liban de sa souveraineté, de sa prospérité et de tout espoir réaliste de paix – semble bien lointain. Aoun a même tenté d'expulser l'ambassadeur iranien Mojtaba Amani après les ingérences iraniennes répétées dans la politique libanaise. Pourtant, Téhéran continue d'approvisionner le Hezbollah en argent et en armes, tandis que son propre peuple s'enfonce toujours plus dans la pauvreté et la guerre. Le Hezbollah demeure l'arme stratégique de l'Iran, l'instrument par lequel Téhéran maintient Israël sous une pression constante, tandis que les négociations avec le président américain Donald Trump se poursuivent. Israël, malgré son intérêt évident à éliminer complètement cette menace, ne peut pour l'instant que maintenir une posture défensive active face aux attaques en provenance du Liban. Pendant ce temps, les habitants du nord d'Israël lancent un appel à l'aide. Ils ne peuvent ni dormir ni travailler et continuent d'enterrer leurs morts.

Mercredi 27 mai, le sergent Rotem Yanai, 20 ans, a été tué lors d'une attaque de drone du Hezbollah. Dimanche, le sergent Nehoray Leizer, 19 ans, également tué par un drone, a été inhumé dans la douleur de sa famille. La veille, un autre jeune homme, le sergent-chef Noam Hamburger, 23 ans, avait subi le même sort. Depuis le début du cessez-le-feu le 16 avril, 12 soldats israéliens ont été tués. Les drones arrivent avec un léger bourdonnement souvent quasi impossible à stopper. Ils ont blessé des dizaines de personnes rien que pendant le cessez-le-feu. Pour empêcher de telles attaques, il faudrait frapper directement les centres de commandement du Hezbollah et ses infrastructures sensibles, ou prendre des mesures suffisamment radicales pour contraindre le gouvernement libanais à déployer enfin son armée afin de désarmer la milice chiite. Le silence d'une grande partie de la presse internationale sur la situation des habitants du nord d'Israël est stupéfiant.

Près de 600 000 Israéliens ont subi le déplacement forcé, des attaques de drones, la destruction de leurs communautés et une peur omniprésente. Pourtant, l’actualité internationale reste focalisée non pas sur les victimes de l’agression du Hezbollah, mais sur la possibilité d’une riposte israélienne trop brutale. Israël, à droite comme à gauche, ne peut accepter que le nord du pays devienne une fois de plus le bouc émissaire de l’histoire juive, tandis que le Hezbollah exploite le cessez-le-feu et les contraintes diplomatiques imposées par les négociations de Trump avec l’Iran. Mais Netanyahu ne peut se permettre une rupture sérieuse avec Trump, surtout en cette période de profonde incertitude où Israël recherche avant tout un accord final garantissant que l’Iran ne se dotera jamais de l’arme nucléaire. Or, la récente déclaration de Trump réaffirmant que l’Iran n’obtiendra jamais l’arme nucléaire démontre que lui et Netanyahu restent alignés sur la question la plus importante. C’est là le douloureux paradoxe de Netanyahu : c’est lui qui a adopté la doctrine de la prévention et de l’action décisive après la catastrophe du 7 octobre.

Il est l'inventeur, le promoteur et le stratège politique qui combat les concepts désastreux, la mentalité stratégique qui a aveuglé Israël face à la menace grandissante avant le 7 octobre. Pourtant, aujourd'hui, ce même Netanyahu doit aussi préserver l'alliance indispensable d'Israël avec les États-Unis, même si cette alliance impose des limites à l'agressivité dont Israël peut faire preuve au Liban. L'opposition critique ce qu'elle perçoit comme l'emprise paralysante de Trump. Benny Gantz, du centre, se fait l'écho d'un sentiment largement partagé lorsqu'il appelle à des frappes sur Beyrouth. La gauche réclame une action plus ferme, tandis que les faucons de la coalition affichent leur autorité. Or, le Liban est devenu un nœud crucial non seulement pour la sécurité du nord d'Israël, mais aussi pour ses relations avec les États-Unis et pour l'avenir du Moyen-Orient. Netanyahu doit rester prudent et concentré. Il sait que le Liban n'est pas simplement un dilemme du front nord, mais un nœud central de la confrontation régionale, un enjeu qui influence tous les aspects de la sécurité et de la diplomatie israéliennes.

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Contributeur Invité - Opinion

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