France
La justice est-elle indépendante en France ? L'affaire Moukhtar Abliazov
Poursuivi pour détournement de fonds dans son pays d'origine, l'homme d'affaires kazakh Moukhtar Abliazov vit désormais en France, où il a obtenu le statut de réfugié politique. Dans le même temps, il fait l'objet d'une mise en examen par la justice française. Le 30 avril, il a donné le quotidien Le Monde une interview dans laquelle il dénonce une cabale politique menée par les autorités françaises. Non sans approximations et contre-vérités.
Rappelons d'abord les faits: entre 2005 et 2009, Mukhtar Abliazov a présidé le conseil d'administration de BTA, la troisième banque du Kazakhstan, dont il détenait plus de 70%. Condamné par contumace pour avoir détourné des fonds à hauteur de 7 milliards de dollars, il a depuis entamé un long exil qui l'a vu s'installer au Royaume-Uni, avant de poser ses valises en France. Dans l'intervalle, il a été condamné à payer 4 milliards de dollars de dommages et intérêts à BTA par un tribunal britannique, décision à laquelle il a refusé de se soumettre. Pas moins de trois pays réclament désormais son extradition, en lien avec ce gigantesque détournement de fonds.
C'est maintenant pour que la justice française se penche sur l'affaire Abliazov . En vertu d'une disposition du Code pénal (article 113-8-1) qui interdit l'impunité aux auteurs d'infractions, les autorités françaises sont en effet compétentes pour juger de l'affaire. Appliquant ce principe d'« extrader ou juger », une juge d'instruction française, Cécile Meyer-Fabre, saisie par le parquet de Paris, a décidé de mettre en examen l'ancien oligarque pour « abus de confiance aggravé » et « blanchiment d'argent ». «abus de confiance aggravé».
Accusations infondées contre le président de la République
In l'interview qu'il a donnée Le Monde, Abliazov accuse l'Etat français d'être derrière cet acte d'accusation, prêtant à Emmanuel Macron la volonté de plaire aux autorités kazakhes. Il met en avant les intérêts économiques qui auraient poussé l'Elysée à «contrôler à distance» la justice pour provoquer son extradition. Des accusations qui ne reposent sur aucun élément tangible, à l'exception d'une lettre adressée par Kassym-Jomart Tokaïev à son homologue français, lettre dans laquelle il est fait mention du «problème» d'Abliazov.
Cela fait douze ans que M. Abliazov s'est présenté comme un réfugié poursuivi par les autorités de son pays pour des raisons purement politiques. Problème : celui qui se dit chef de l'opposition ne semble pas avoir de soutien officiel au sein des partis d'opposition au Kazakhstan, si l'on en croit leurs discours sur les réseaux sociaux. Enfin, le mouvement DVK qu'il a créé est reconnu comme extrémiste à la suite d'émeutes insurrectionnelles, tout comme son nouveau mouvement « Koshe partialsy ». Capitalisant sur la sympathie dont jouit Alexeï Navalny avec les opposants à Vladimir Poutine (et sur une certaine confusion entre pays de l'ex-bloc soviétique), Abliazov joue volontiers la carte de l'opposant persécuté.
Le Monde tend à accréditer cette thèse en choisissant de lui accorder ce statut dans le titre de son article, où l'on aurait tout aussi bien pu parler d'un criminel financier en fuite. « Abliazov crie à un complot contre toutes les juridictions qui décident de le poursuivre précisent les avocats de la banque BTA. » Il a mené la même campagne de communication au Kazakhstan, en Russie, au Royaume-Uni, aux États-Unis et désormais en France. Si certains pouvaient croire qu'Abliazov était crédible au début, ce n'est plus sérieux aujourd'hui.
Justice indépendante
En ce qui concerne la loi et les soupçons contre le Président de la République, il faut rappeler que les tribunaux en France sont indépendants. En aucun cas l'Elysée n'a pu intervenir auprès de Cécile Meyer-Fabre dans sa décision de mise en examen. Tout comme le chef de l'Etat n'a pas eu son mot à dire dans la décision, prise par la Cour nationale d'asile (CNDA) après un premier refus de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), d'accorder le statut de réfugié à M. Abliazov .
Le fait que ces décisions auraient pu être prises sans que cela se traduise systématiquement au détriment de l'homme d'affaires étranger prouve également l'indépendance des tribunaux chargés de statuer, dans les deux cas. En tout état de cause, il ne peut y avoir de contradiction entre les décisions qui, pour l'une, relèvent du droit administratif et pour l'autre, du droit pénal. Demandé par Le Monde, le tribunal de Paris indique que "la procédure suit son cours normal".
De leur côté, les avocats de la banque BTA précisent que "sur le fond des accusations, Abliazov n'a étonnamment rien à dire. Selon eux, BTA" espère seulement récupérer l'argent détourné ".
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