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L’Union européenne et l’Afrique : vers une redéfinition stratégique et partenariale

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Par Jean Clarys

"L'Afrique est en pleine mutation, elle a beaucoup évolué (...) Plus qu'une simple mise à jour logicielle, nous proposons d'installer ensemble un nouveau logiciel, adapté aux transformations en cours", a déclaré Macky Sall, alors président du Sénégal et président de l'Assemblée africaine. Union africaine (UA), appelant à un « nouveau départ » lors du sixième sommet UA-UE en février 2022. Cet appel à adapter les relations UA-UE à un nouveau contexte permet d’ouvrir des réflexions sur de nouvelles perspectives analytiques pour repenser les synergies entre l'Union européenne et le continent africain.

En effet, des deux côtés de la Méditerranée, on constate une volonté croissante de refondre et de rajeunir les relations entre les deux continents. Du point de vue du Nord, ce regain d’intérêt pour l’Afrique a été initié par l’ancien président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, notamment à travers l’Alliance Afrique-Europe qu’il a officiellement annoncée dans son discours sur l’état de l’Union de 2018. Cette main tendue vers son voisin du sud s'est encore accentuée sous la présidence d'Ursula Von Der Leyen, qui, une semaine seulement après son entrée en fonction, a effectué sa première visite à l'étranger au siège de l'UA à Addis-Abeba, où elle a affirmé que « l'Union africaine (UA) ) est le principal partenaire politique et institutionnel de l'Union européenne (UE) au niveau panafricain.» 

Deux mois seulement après cette première visite, Ursula Von der Leyen est revenue accompagnée de 20 des 27 commissaires et du haut représentant de l'UE pour les affaires étrangères, Josep Borrell. Du point de vue sudiste de l’alliance, les dirigeants africains, en plus de renforcer ce partenariat, souhaitent également le repenser fondamentalement. Ainsi, dans son discours inaugural à la présidence de l’Union africaine, Macky Sall a déclaré : « L’Afrique est plus déterminée que jamais à prendre son destin en main », assurant vouloir développer « des partenariats renouvelés, plus justes et plus équitables ». avec des partenaires internationaux. 

À l'issue du dernier sommet UA-UE, Patricia Ahanda s'interrogeait sur la possibilité de l'émergence d'un « leadership partagé » entre les deux Unions, tandis que Charles Michel, président du Conseil européen, et Macky Sall, publiaient une tribune commune dans Le Journal du Dimanche à la veille du sommet, au cours duquel ils ont annoncé leur volonté de « poser ensemble les bases d’un partenariat renouvelé ». 

Deux années se sont écoulées depuis le dernier sommet UA-UE, qui visait à incarner un changement historique majeur tant sur le plan moral que matériel entre les dirigeants de ces zones géographiques, institutionnelles et politiques. Dans un contexte où l'actualité européenne sur les questions géopolitiques est largement dominée par la guerre en Ukraine et le conflit israélo-palestinien, et où les quelques actualités concernant le continent africain sont centrées sur les questions de migration et de sécurité en Afrique, cet article vise à proposer une tour d'horizon des relations entre les deux continents voisins à travers le prisme des discours officiels et des initiatives des principaux acteurs et analystes du partenariat entre l'Union africaine et l'Union européenne.

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I. Motivations pour le renforcement du partenariat UE/UA

A. Des liens déjà forts entre les deux continents

Au-delà des relations UA-UE, du fait de leur histoire commune et de leur proximité géographique, l’Afrique et l’Europe entretiennent naturellement des liens importants. Ces liens privilégiés s’illustrent d’abord dans les relations économiques. Les échanges commerciaux entre les deux continents s'élèvent à 225 milliards d'euros par an. Avec près de 30 milliards d’euros alloués chaque année à l’Afrique, l’UE reste le principal donateur du continent devant les États-Unis, le Japon et la Chine. Le total combiné de l’aide publique au développement de l’Union européenne et de ses 27 États membres s’élève à 65 milliards d’euros par an.

Au-delà de cette étroite coopération économique, la proximité entre les deux continents se manifeste également dans la coopération militaire et civile européenne en Afrique. Sur les sept missions militaires actuellement menées par l'Union européenne, six sont concentrées sur le continent africain. Quatre de ces missions visent principalement à former les forces armées locales : en Somalie (EUTM Somalia, depuis 2010), au Mali (EUTM Mali), en République centrafricaine (EUTM CAR, depuis 2016) et au Mozambique (EUTM Mozambique, depuis 2021). novembre 2008). Les deux autres missions luttent contre la piraterie maritime au large des côtes somaliennes (EUNAVFOR Atalanta, depuis 2020) et veillent au respect de l'embargo sur les armes imposé par l'ONU à la Libye (EUNAVFOR Irini, depuis mars XNUMX).

En plus de ces missions militaires, l'Union européenne déploie également quatre missions civiles en Afrique. Depuis 2013, la mission EUBAM Libye assiste les autorités libyennes dans la gestion des frontières. La mission EUCAP Somalia, initiée en 2016, vise à renforcer les capacités maritimes de la Somalie, notamment pour soutenir la mission militaire de lutte contre la piraterie. Deux autres missions civiles opèrent dans la région du Sahel : EUCAP Sahel Niger (depuis 2012), qui vise à améliorer les capacités des forces de défense et de sécurité du Niger, et EUCAP Sahel Mali (depuis 2014), qui contribue à renforcer les capacités des forces de l'ordre maliennes.

B. Le rôle croissant de l’Afrique dans le monde

Ce regain d'intérêt de l'Union européenne pour le continent africain s'explique aussi par un contexte géopolitique international où l'Afrique occupe une place de plus en plus prépondérante, alors que l'Europe souffre d'un certain déclin de sa centralité internationale, tant sur le plan économique que géopolitique. Ainsi, loin d’être la seule puissance à recentrer sa stratégie internationale vers le continent africain, l’UE fait face à une concurrence féroce de la part de puissances tierces sur le sol africain. La Chine, les États-Unis, la Turquie, l’Inde, le Japon, la Russie, le Brésil, la Corée du Sud et les pays du Golfe représentent autant d’aspirants à une coopération renforcée avec divers pays africains – aspirations qui vont bien au-delà de la simple importation de ressources naturelles.  

Même si en 2024, l’Afrique joue encore un rôle mineur dans l’économie mondiale, représentant 3 % de la production économique mondiale en 2023, le continent possède certaines des économies les plus dynamiques de la planète. De nombreux analystes anticipent que le continent sera la région à la croissance la plus rapide d'ici 2027. Dans ce contexte, l'Union européenne peine parfois à convaincre ses partenaires méditerranéens de lui faire confiance, face à la concurrence de diverses puissances tierces, qui parviennent à déployer des stratégies nationales homogènes tout en -La fragmentation européenne mine parfois la crédibilité et l'efficacité de l'UE sur le continent.

Dans cette ruée internationale vers l’Afrique, les principaux concurrents de l’UE sont la Chine, les États-Unis et la Russie. Les sommets « Chine-Afrique », « Russie-Afrique » et « USA-Afrique » se succèdent à un rythme effréné, incarnant cet enthousiasme significatif. Chacune de ces puissances déploie sa propre stratégie selon un agenda défini par des priorités parfois très différentes. La Chine est sans aucun doute la puissance étrangère la plus influente en Afrique. Ses investissements à grande échelle dans les infrastructures, les mines et les projets de développement ont considérablement renforcé sa présence. La Chine est impliquée dans de nombreux projets à grande échelle, tels que la construction de chemins de fer, de ports et d'initiatives de développement urbain.

De plus, l’initiative « la Ceinture et la Route » a étendu l’influence du pays à travers le continent, faisant de lui un partenaire économique clé pour de nombreux pays africains. En novembre 2021, la Chine a organisé le 8e Forum sur la coopération sino-africaine à Dakar. Dans le même temps, l’Empire du Milieu a considérablement augmenté ses investissements sur le continent, atteignant 2.96 milliards de dollars en 2020, soit une hausse de 9.5 % par rapport à 2019, pour un montant total de 140 milliards de dollars sur une décennie. Cependant, bien que très élevé, cet investissement ne représente que la moitié de ce que l'Union européenne prévoit d'investir dans cinq ans.

Les États-Unis, quant à eux, adoptent une approche multiforme de leur influence en Afrique, combinant aide au développement, engagements diplomatiques et coopération militaire. Le 5 octobre 2021, dans le cadre du Blue Dot Network, les États-Unis ont financé des projets en Afrique pour un montant de 650 millions de dollars. En décembre 2022, la secrétaire au Trésor Janet Yellen a déclaré, à l’issue du sommet États-Unis-Afrique, qui a réuni 49 chefs d’État africains à Washington : « Une Afrique prospère est dans l’intérêt des États-Unis. Une Afrique prospère signifie un marché plus vaste pour nos biens et services. Cela signifie davantage d’opportunités d’investissement pour nos entreprises. Cet événement a débouché sur une promesse d’investissement américain de 55 milliards de dollars sur trois ans. De plus, Joe Biden plaide désormais pour accorder à l’Afrique un siège permanent au G20, dont l’Afrique du Sud est actuellement le seul membre africain.

Bien qu'officiellement l'administration Biden-Harris tente de séparer son offensive africaine de sa rivalité avec la Chine, force est de constater que ce réveil sur le continent vise à contrer l'avancée de la puissance asiatique, dont les échanges commerciaux avec l'Afrique sont passés de 10 milliards de dollars en 2002 à 282 dollars. milliards en 2022.

Concernant l’influence de la Russie en Afrique, il est intéressant de noter qu’elle est principalement stratégique et politique. La stratégie de la Russie vise avant tout à obtenir un soutien pour ses positions mondiales, notamment au sein de l'Assemblée générale des Nations Unies. L'implication de la Russie inclut souvent une coopération militaire, notamment à travers le Groupe Wagner, qui fournit des services de sécurité à divers gouvernements africains en échange de l'accès à des ressources naturelles comme l'or et les diamants. L’influence de la Russie est moins économique que celle de la Chine, mais stratégiquement significative.

D’autres puissances, moins visibles aux yeux du grand public par leur présence sur le continent africain, déploient également des stratégies croissantes en Afrique. C'est le cas de la Corée du Sud, qui se positionne comme un partenaire clé dans la stratégie de développement de l'Afrique. Le Japon investit également de plus en plus dans le continent, y trouvant un moyen d’obtenir le soutien diplomatique des 54 pays africains qui représentent collectivement plus d’un quart des membres de l’ONU. L’Inde, quant à elle, considère ses relations avec le continent africain comme un tremplin dans sa « quête du statut de superpuissance ». 

Avec l’adhésion récente de l’Égypte et de l’Éthiopie aux BRICS, le Brésil espère approfondir ses relations économiques et diplomatiques avec les deux pays pour renforcer sa place dans ce groupe. Les relations commerciales et de défense de la Turquie sont au cœur de sa stratégie en Afrique. Au cours des deux dernières décennies, le commerce entre la Turquie et l’Afrique est passé de 5.4 milliards de dollars à plus de 40 milliards de dollars en 2022. De plus, la Turquie est devenue un acteur clé dans l’évolution du paysage sécuritaire du continent. Ankara, déjà présente en Afrique du Nord et dans la Corne de l'Afrique, a conclu des accords de défense avec des pays d'Afrique de l'Ouest et de l'Est, notamment l'Éthiopie, le Ghana, le Kenya, le Nigeria et le Rwanda. Bien que les détails de ces accords varient, depuis les dispositions de sécurité et le soutien technique jusqu'à la formation militaire, ils incluent souvent des dispositions sur la vente d'armes. 

Ce tableau resterait incomplet sans évoquer l’influence croissante des pays du Golfe sur l’ensemble du continent. Les Émirats arabes unis, par exemple, tentent d’élargir leurs relations avec les pays d’Afrique de l’Est pour étendre leur puissance et contenir l’influence iranienne. Dans l'ensemble, la stratégie des pays du Golfe en Afrique est motivée par la diversification économique, la sécurité des approvisionnements alimentaires et énergétiques, l'augmentation de leur influence géopolitique et culturelle et la protection de leurs intérêts en matière de sécurité. 

Enfin, il est essentiel de souligner le rôle croissant des grandes puissances africaines dans le développement du reste du continent. C’est le cas par exemple de l’Égypte, notamment au Nigeria mais aussi sur l’ensemble du continent. Ces stratégies sont souvent soutenues par de grands acteurs privés ; pour l'Afrique du Sud (MTN Group, Shoprite Holdings, Standards Bank Group), pour le Nigeria (Dangote Group, UBA), pour le Maroc (Attijariwafa Bank, OCP Group), ou encore pour le Kenya (Equity Bank, Safaricom).

C. Un destin commun imposant des défis communs

Ainsi, si les relations déjà étroites entre ces deux continents et la centralité de l'Afrique dans le monde sont des facteurs de l'intérêt renouvelé manifesté par l'UE et l'UA pour ce partenariat, la conscience d'un destin commun imposant des défis communs renforce encore la volonté des dirigeants de les deux rives de la Méditerranée à réaffirmer leur coopération. C’est dans cet esprit qu’Ursula von der Leyen a déclaré à la veille du sommet UA-UE : « L’Afrique a besoin de l’Europe et l’Europe a besoin de l’Afrique ». L'Afrique est désormais perçue comme un partenaire essentiel et intrinsèquement lié à l'avenir de l'Europe. En ce sens, en juin 2022, des diplomates africains et européens se sont réunis à Addis-Abeba pour réfléchir sur « Pourquoi l’Europe et l’Afrique ont besoin l’une de l’autre en temps de crise ». 

Ces défis partagés peuvent être résumés grossièrement dans les thèmes suivants : « la paix et la sécurité, les migrations, le changement climatique, la transition numérique et la crise du multilatéralisme », auxquels s’ajoute naturellement la question énergétique. L’un des premiers défis communs auxquels sont confrontés les deux continents réside dans la gestion des flux migratoires. Sur la base des axes définis dans le Plan d'action commun de La Valette, qui vise à soutenir les partenaires africains et européens en renforçant la gouvernance des migrations, deux initiatives ont été lancées à la suite du sommet UA-UE de février 2022, à savoir la Route Atlantique/Méditerranée occidentale TEI et la Route Méditerranée centrale. Itinéraire TEI. 

Leurs objectifs, partagés entre les deux continents, peuvent être résumés en 5 points :

– Prévenir la migration irrégulière et lutter contre la traite et le trafic d’êtres humains,

– Créer un environnement propice au développement et promouvoir les parcours de migration légale et de mobilité,

– Aider les pays partenaires à assurer la protection et l’autonomie économique des migrants,

– Faciliter le retour durable et la réintégration des migrants bloqués,

– S’attaquer aux causes structurelles profondes de la migration irrégulière et des déplacements forcés.

La paix et la sécurité sont également des défis communs qui lient les deux voisins, du fait de leur proximité géographique et de l’importance des flux humains et économiques entre les deux continents. En termes de paix et de sécurité, l'objectif de l'UE est de soutenir les initiatives africaines de lutte contre le terrorisme et de promouvoir les actions africaines en faveur de la stabilité du continent, en soutenant les opérations de maintien de la paix et en renforçant les capacités locales. En effet, l’instabilité et l’insécurité en Afrique ont inévitablement des répercussions sur l’Europe. Ainsi, en étroite collaboration avec l’Union africaine, l’UE déploie ses ressources pour promouvoir des « solutions africaines aux problèmes africains » en Somalie, au Sahel, en République centrafricaine et au Mozambique. 

La question du changement climatique est également au cœur d’enjeux partagés entre les deux zones géographiques. A la veille du sommet UA-UE, Josep Borrell, vice-président de la Commission européenne, a annoncé : « Ces dernières années, l'UE s'est mobilisée pour aider l'Afrique à s'adapter à ses conséquences (celles liées au changement climatique), notamment à travers le projet de Grande Muraille Verte contre la désertification, mais nous devrons augmenter considérablement cet effort à l'avenir. Nous devons également unir nos forces pour faire de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP26) un succès. Ensemble, nous représentons 40 % des pays des Nations Unies et, ensemble, nous pouvons mettre le monde sur la voie d’un développement plus équitable et plus durable.

Concernant la question énergétique, du fait de l’accélération de l’histoire liée à un contexte de tensions géopolitiques et de concurrence croissantes, l’UE a compris que l’Afrique était l’un des partenaires les plus légitimes pour atteindre son objectif d’autonomie stratégique. En échange, les dirigeants africains soulignent l’intérêt pour leurs pays de coopérer avec une Union européenne capable d’accompagner le continent dans un processus d’industrialisation permettant la transformation des ressources naturelles sur place en énergie transformée. 

Concernant la numérisation du continent africain, de nombreux acteurs réclament l’accès à la technologie satellitaire et l’installation de câbles sous-marins. Il existe cependant un obstacle majeur à surmonter qui réside dans le déficit d’accès à l’électricité dont souffre une grande partie de la population africaine. Ainsi, à peine plus d’une personne sur deux a accès à l’électricité en Afrique en 2024. Si la tendance actuelle se poursuit, moins de 40 % des pays africains atteindront l’accès universel à l’électricité d’ici 2050. La digitalisation de l’Afrique, mais aussi son corollaire, qui est la démocratisation de l'accès à l'électricité, sont des priorités pour les deux partenaires.

Enfin, l’Union européenne, comme l’Union africaine, partage les principes du multilatéralisme. Pour peser davantage au sein des institutions internationales, les deux entités géopolitiques ont intérêt à coopérer pour permettre l’avènement d’un système multilatéral réformé, juste et représentatif, reflétant les besoins de tous les acteurs. À cet égard, l'Europe souhaite soutenir les propositions africaines visant à réformer les institutions multilatérales telles que le Conseil de sécurité des Nations Unies, l'OMC et les institutions de Bretton Woods, tout comme elle soutient l'adhésion de l'UA au G20.

II. Vers un nouveau partenariat ?

A. Changement de paradigme de l’aide à la coopération

Si l’intérêt du renforcement du partenariat recueille un soutien unanime des deux côtés de la Méditerranée, la volonté de « jeter les bases d’un partenariat renouvelé et approfondi » appelle également une approche revisitée avec les dirigeants africains visant à ouvrir une ère de leadership partagé. Koen Doens, directeur général des partenariats internationaux (INTPA) à la Commission européenne, parle d'un « changement de paradigme » en soulignant que le terme « développement » ne répond plus aux attentes des dirigeants de l'UA et de l'UE. Désormais, « Team Europe avance avec Team Africa, en tant que partenaires », se réjouit Koen Doens. 

C'est lors du sommet des 17 et 18 février que s'est formalisée cette nouvelle vision de l'alliance entre l'Union africaine et l'Union européenne, marquant un tournant majeur et historique dans les relations entre les deux continents. La refonte de la relation UA-UE se veut radicale dans le sens où elle revisite « la sémantique, le vocabulaire, la nature de leurs interactions, mais aussi les infrastructures, l’économie, la santé, l’innovation, le climat et l’emploi ». 

Cette manière de repenser les relations entre les dirigeants des deux continents s’inscrit dans la stratégie française, pays qui est l’un des principaux moteurs de cette dynamique au sein de l’UE. Emmanuel Macron s’y est engagé lors du Nouveau Sommet Afrique-France à Montpellier le 8 octobre 2021, en expliquant vouloir revisiter « plus généralement toute la sémantique du développement : ce que permet cette finance commune, ses instruments, sa grammaire ». Il est également intéressant de noter que le sommet UA-UE de 2022 a été inscrit à l’agenda européen grâce à la présidence française de l’Union européenne (PFUE), qui a fait du renforcement et de la refonte des relations Afrique-Europe l’une de ses principales priorités.

Ce rééquilibrage, souhaité par les dirigeants africains depuis plusieurs années, doit donc permettre de passer d’une relation hiérarchique, centrée sur l’aide de l’Europe au continent africain, à un « partenariat d’égal à égal ». Patricia Ahanda a souligné au lendemain du sommet de février 2022 que pour que ce rééquilibrage diplomatique devienne une réalité, l'Europe doit établir un processus de coopération juste et équitable avec l'Afrique. Dans le même temps, les États africains doivent démontrer leur capacité à se positionner en véritables partenaires en établissant un agenda stratégique commun. Le discours de Macky Sall lors de cet événement, évoquant l'installation de nouveaux logiciels dans les relations euro-africaines, illustre la détermination des États africains à mettre fin aux déséquilibres passés et à construire enfin un partenariat gagnant-gagnant pour les deux continents.

B. Domaines thématiques définis autour de projets concrets

Le partenariat entre les pays européens et le continent africain s’est considérablement diversifié. Il y a cinq ans à peine, les États membres se concentraient principalement sur les questions de migration et de sécurité. Aujourd’hui, ces questions ne sont que deux aspects d’un tableau beaucoup plus vaste, incluant le changement climatique, la numérisation, la connectivité, le commerce, les droits de l’homme et bien d’autres domaines. 

Cette redéfinition de la stratégie européenne avec l'UA s'articule autour de cinq partenariats thématiques :

– Transition verte et accès à l’énergie,

– Transformation numérique,

– Croissance et création d’emplois durables,

– Paix et gouvernance,

– Migration et mobilité.

L’investissement dans les infrastructures est le dénominateur commun de ces cinq axes de partenariat et est au cœur de la demande africaine. Un proche conseiller de la présidence de l'UA confie à Olivier Caslin, journaliste à Jeune Afrique, que le plus important « c'est que l'Afrique puisse avoir les infrastructures dont elle a besoin ». Kgosientsho Ramokgopa, responsable des investissements et des infrastructures à la présidence sud-africaine, a également souligné que « la création de nouvelles infrastructures dans tous les domaines jouera un rôle très important dans l'avenir du continent ». Dans le même esprit, Akinwumi Adesina, président de la Banque africaine de développement (BAD), explique que la question des infrastructures est centrale car sans fondations solides, il n'y a pas de développement économique efficace et à long terme possible. 

En réponse à cette demande africaine, l’UE a annoncé, à l’issue du sommet UA-UE, le déploiement du Global Gateway, un projet de 150 milliards d’euros sur sept ans visant à investir dans les infrastructures en Afrique. L'objectif annoncé de la Commission européenne est de « soutenir les projets voulus et portés par les Africains », avec une priorité sur les infrastructures de transport, les réseaux numériques et l'énergie. « Nous investirons avec l'Afrique pour créer un marché de l'hydrogène vert qui relie les deux rives de la Méditerranée », déclarait Ursula von der Leyen en octobre 2021. Cette transition verte est également au cœur de l'Agenda 2063 de l'Union africaine, intitulé « L'Afrique ». Nous voulons."

Globalement, les axes définis par ce programme correspondent à ceux annoncés par la Commission européenne en matière de partenariats thématiques. Il s’agit d’accélérer la transition verte, d’accélérer la transition numérique, d’accélérer la croissance durable et la création d’emplois décents, de renforcer les systèmes de santé et d’améliorer l’éducation et la formation. Vous trouverez ci-dessous une liste d’exemples pour comprendre la réalisation de cette initiative d’ici 2030 :

– Accélérer l’accès universel pour tous en Afrique à des réseaux Internet fiables. Par exemple, le hub UA-EU Digital4Development déploiera le câble sous-marin en Méditerranée qui reliera les pays d’Afrique du Nord aux pays de l’UE. Une extension du câblage vers l'Afrique de l'Ouest est actuellement à l'étude, avec un premier atterrissage à Dakar. Enfin, le câble sous-marin numérique Africa 1 reliera l’Europe à toute la côte est-africaine.

– Intégrer les réseaux de transport multimodaux africains et européens en cohérence avec les cadres régionaux et continentaux et adapter ces réseaux au potentiel économique de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).

– Améliorer la couverture vaccinale et renforcer le système pharmaceutique africain avec des capacités de fabrication régionales pour répondre aux besoins et à la demande locaux. Plus concrètement, en ce sens, l'initiative Team Europe Manufacturing and Access to Vaccines, Medicines and Health Technologies vise à accompagner les partenaires africains dans le renforcement des systèmes pharmaceutiques locaux et des capacités de fabrication,

– Investir dans les jeunes entreprises et le développement de l’écosystème entrepreneurial en Afrique, par exemple à travers IYAB-SEED, qui met un accent particulier sur l’accompagnement des femmes entrepreneures.

C. Un partenariat au-delà de l'argent

Ainsi, alors que des actions concrètes sont définies pour permettre le renforcement et la refonte du partenariat entre les deux continents, certains analystes soulignent l'importance d'aller au-delà de l'aspect économique de cette coopération. Lidet Tadesse Shiferaw, chercheur spécialisé dans les questions de paix et de gouvernance sur le continent africain, a souligné que « l’Europe et l’Afrique doivent avoir le courage d’envisager un partenariat au-delà de l’argent ». 

En ce sens, certains analystes, comme Nicoletta Pirozzi, responsable des relations institutionnelles à l'Istituto Affari Internazionali, expliquent que, par exemple, en ce qui concerne les questions migratoires, un changement de discours est nécessaire pour aborder le flux de personnes non pas comme une préoccupation d'ordre public mais comme une question d'ordre public. comme un phénomène structurel porteur de bénéfices économiques et sociaux potentiels pour l’Europe et l’Afrique. 

Au-delà de l’argent, de nombreux dirigeants africains appellent à une plus grande considération et un plus grand respect de la part de l’Union européenne et de ses États membres à l’égard des positions africaines. Cette demande s’aligne avec la résurgence d’un mouvement de non-alignement. Les dirigeants africains demandent un changement de vision de la part des dirigeants européens concernant les positions des pays africains dans les forums internationaux et leurs interactions avec les puissances parfois rivales de l’UE. 

Un exemple frappant de ce désaccord réside dans la réaction de l’Union européenne aux résultats du vote de l’Assemblée générale des Nations Unies sur la résolution « Agression contre l’Ukraine » en mars 2023. Lors de ce vote, de nombreux pays africains se sont abstenus ou n’ont pas voté, formant le plus grand nombre de pays africains. bloc régional à agir de cette manière. L’UE a été « choquée » par ce résultat, perçu par les pays africains comme remettant en cause leur droit souverain de voter librement.

Les pays africains ont également dénoncé « l’hypocrisie occidentale », accusant les pays européens de traiter sérieusement les questions de paix et de sécurité en Europe tout en négligeant les conflits ailleurs dans le monde. Lors d'une table ronde organisée par l'European Think Tanks Group (ETTG) et le Bureau régional pour l'Afrique du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), intitulée « Évaluer les implications du COVID-19 et de la guerre d'Ukraine pour l'Afrique et les relations Europe-Afrique, » Un représentant européen a admis qu'« avec le recul », à ce moment-là, la réaction de l'Europe à la position des pays africains dans le contexte de l'invasion de l'Ukraine par la Russie avait été « excessive » et qu'il s'agissait d'une « manière étroite d'envisager la relation ». entre les deux espaces géopolitiques. 

Une autre façon d’aborder ce partenariat au-delà de l’argent implique une prise en compte accrue des conséquences des politiques internes européennes qui impactent parfois l’ensemble du continent africain et sa population. Les exemples, même s’ils ne paraissent pas évidents à première vue, sont nombreux. Les subventions agricoles de l'UE à travers la PAC rendent les produits européens plus compétitifs, ce qui peut nuire à la production locale africaine et menacer la sécurité alimentaire du continent. Un autre exemple est la nouvelle taxe carbone aux frontières déployée par l'UE (CBAM), qui, selon certains analystes, constitue un obstacle à l'industrialisation de l'Afrique. Une étude citée par African Climate Wire indique que le CBAM pourrait réduire les exportations totales de l'Afrique vers l'UE de 5.72 % et diminuer le PIB africain de 1.12 %. 

Par ailleurs, il est intéressant de noter que les normes sanitaires et environnementales strictes de l'UE en matière d'importation peuvent exclure de nombreux produits africains du marché européen. Enfin, un dernier exemple d’une manière d’aborder le partenariat UA-UE au-delà des questions économiques pourrait résider dans un soutien européen accru à l’influence des pays africains dans les forums internationaux. L'Union européenne s'est engagée à distribuer des droits de tirage spéciaux aux pays africains. Ces droits de tirage spéciaux sont des actifs créés par le FMI et alloués aux États qui peuvent les dépenser sans contracter de dette. 

En outre, l'UE collabore étroitement avec l'UA pour renforcer les capacités institutionnelles africaines en fournissant une expertise technique et un soutien financier. Ce soutien se retrouve dans l’assistance apportée par l’UE pour renforcer la coopération avec l’Agence africaine des médicaments (AMA) afin d’harmoniser les normes et réglementations sur le continent. Cette initiative facilite la participation des pays africains aux organisations internationales de santé telles que l'OMS. Enfin, en partenariat avec l'OMC, l'UE aide les pays africains à réformer leurs politiques commerciales et à intégrer les normes internationales, renforçant ainsi leur capacité à négocier et à influencer les règles commerciales mondiales. L'UE fournit également une assistance technique pour aider les pays africains à comprendre et à appliquer les règles de l'OMC, renforçant ainsi leur position dans les négociations commerciales internationales.

III. De nombreux défis restent à relever

A. Des stratégies nationales divergentes sur les continents européen et africain

Alors que l’Union européenne est composée de 27 pays et l’Union africaine de 55 pays, l’un des principaux défis du partenariat entre ces deux entités est de parler d’une seule voix des deux côtés de la collaboration. Du côté africain, l'absence des représentants du Mali, de la Guinée, du Soudan, du Niger et du Burkina Faso au 6ème sommet UA-UE, pays alors sanctionnés par la CEDEAO à la suite de coups d'État militaires, illustre parfaitement les difficultés à unifier tous les pays appartenant à l'Union. continent sous la même organisation. 

Ainsi, de nombreux analystes dénoncent le climat géopolitique hétérogène en Afrique qui empêcherait la construction de relations symétriques avec l’Union européenne. Ces analystes pointent « l’absence de vision stratégique commune de l’Union africaine », les initiatives économiques individuelles et non coordonnées de certains États africains, autant d’obstacles structurels à un partenariat vertueux et bénéfique pour l’ensemble du continent. Pour relever ce défi, il semble essentiel de renforcer les initiatives de cohésion intra-africaine telles que la ZLECAf, le Fonds pour la paix de l’Union africaine ou encore le CDC Afrique. 

Ces stratégies nationales divergentes se retrouvent également au nord de la Méditerranée, où la fragmentation intra-européenne mine la crédibilité et l’efficacité du discours et de l’action européenne sur le continent, affaiblissant notamment l’effet de levier que pourraient exercer les États membres s’ils étaient plus unis. Cette difficulté à concilier les intérêts stratégiques des différents États membres provient d’abord d’une hétérogénéité du niveau d’intérêt porté par les acteurs européens à l’égard du continent africain. Ainsi, certains pays européens, comme la France, exercent un attrait profond pour le continent, matérialisé par une stratégie organisée et multimodale. La France est également l’un des principaux moteurs de la proactivité européenne à l’égard du continent africain.

Cet intérêt pour le continent africain est cependant loin de faire l’unanimité parmi les nations européennes. Ainsi, seuls 11 des 27 États membres affichent une stratégie officielle plus ou moins transversale et globale envers le continent africain. C'est le cas de l'Allemagne, de l'Espagne, de l'Italie, de la Pologne, de la République tchèque, de Malte, de l'Estonie, de la France, de la Belgique, du Portugal et des Pays-Bas.

B. Des points de tension persistent entre l’Europe et l’Afrique

Enfin, de nombreux points de tension persistent entre l’Europe et l’Afrique. Premièrement, les dirigeants africains dénoncent un décalage entre le discours et l’action européens. L’initiative Global Gateway est l’une des premières victimes de ce sentiment. Ainsi, suite à l’annonce de son déploiement, un proche conseiller de la présidence de l’UA a admis : « Il y a des doutes sur le fait qu’une partie des montants promis par Bruxelles ne fait que recycler les fonds européens précédemment alloués. » Présenté par l'UE comme une réponse massive et européenne aux besoins d'infrastructures de l'Afrique, le Global Gateway a suscité de grandes attentes. Cependant, le fait qu'une partie importante des fonds annoncés tarde à être mobilisée donne l'impression d'une opération de communication exagérée.

La stratégie de l'UE consistant à annoncer des « percées » ou des « initiatives phares » lors de divers sommets, souvent pour rivaliser avec d'autres partenaires africains, pourrait en fin de compte faire plus de mal que de bien à ce partenariat. Alors que l’UE s’est engagée lors du 6e sommet UA-UE à investir davantage sur le continent africain pour promouvoir la paix, la fusion en mars 2021 de la Facilité de soutien à la paix pour l’Afrique avec d’autres instruments au profit de la création de la Facilité européenne pour la paix a élargi le fossé entre le discours et action. Ainsi, sur le budget de 5.62 milliards d’euros du FPE pour 2021-2027, 3.1 milliards d’euros ont déjà été déployés ou promis à l’Ukraine, répandant la crainte parmi les partenaires africains que l’engagement européen en faveur de la paix et de la sécurité en Afrique ne diminue considérablement.

 Même si les États africains comprennent cette nouvelle priorité, ils soulignent également que, malgré les engagements de l'UE, l'orientation de l'UE vers l'Est a précédé l'invasion russe. Conformément à cette différence de traitement entre la politique de voisinage oriental et son traitement du partenariat avec le continent africain, Nicoletta Pirozzi a noté que plus de 7.8 millions de réfugiés ukrainiens sont entrés dans l'UE en 2022, avec un nombre record bénéficiant d'une protection temporaire, tandis qu'au dans le même temps, moins de 140,000 XNUMX migrants sont arrivés par la mer à travers la Méditerranée, déclenchant une forte opposition de la part de nombreux États membres de l’UE concernant les obligations de sauvetage, d’accueil et de relocalisation. Cela a exposé l’UE à des accusations de double standard dans le traitement des migrants et des réfugiés d’Ukraine, d’une part, et d’Afrique et du Moyen-Orient, de l’autre. 

Ces tensions ont atteint leur paroxysme lors de la crise du Covid-19 autour de la question de la dérogation temporaire aux droits de propriété intellectuelle sur les vaccins contre le Covid-19. En effet, l’Union européenne était l’un des principaux opposants à cette dérogation. Les dirigeants africains ont alors accusé la thésaurisation des vaccins, et le président namibien Hage G. Geingob a dénoncé une situation « d’apartheid vaccinal ». Consciente de cet enjeu sanitaire, Ursula von der Leyen a promis un investissement d'un milliard d'euros de la part de l'Union européenne pour renforcer les capacités de production de vaccins en Afrique, à commencer par le financement de centres de production de vaccins en Afrique du Sud, au Sénégal, en Égypte, au Maroc et au Rwanda.

Conclusion

Alors que les discours populistes des deux côtés de la Méditerranée dénoncent la menace posée par le voisin du sud dans la rhétorique d'extrême droite en Europe, ou par le voisin du nord dans la rhétorique extrémiste anticoloniale en Afrique, le partenariat entre l'Union africaine et l'Union européenne semble être à un niveau intéressant pour construire une synergie vertueuse entre les deux continents. Ainsi, il apparaît évident que des intérêts communs sont partagés par les populations appartenant aux deux entités géographiques, institutionnelles et politiques.

Ces intérêts communs, exacerbés dans un monde polarisé, compétitif et ultra-mondialisé, imposent la nécessité de repenser et de réformer en profondeur le partenariat qui lie l’UA et l’UE. Cette refonte fait écho à une volonté forte des populations et des dirigeants africains de gagner en souveraineté, indépendance et considération. Cependant, des barrières structurelles et parfois mentales entravent encore cette révolution institutionnelle, économique et politique. La simple observation de la carte montrant la projection du FMI sur la répartition du PIB nominal dans le monde met en évidence le profond déséquilibre structurel entre la part représentée par le PIB nominal africain et celle représentée par le PIB nominal européen. 

Les Européens, conscients de cette asymétrie, ont déjà commencé depuis plusieurs années à repenser leurs relations avec le continent africain. Ce changement de paradigme se manifeste dans la communication du 9 mars 2020, « Vers une stratégie globale avec l'Afrique », dans l'élaboration de la nouvelle politique commerciale de l'UE, dans la détermination de la boussole stratégique, dans la création de Team Europe, ou encore avec la création du NDICI. Cependant, ce 6ème sommet UA-UE ouvre la voie à un tournant historique dans le fonctionnement de ce partenariat, marquant un basculement à 180° d'une dynamique d'aide au développement basée sur une relation donateur-bénéficiaire à une dynamique d'aide au développement basée sur une relation donateur-bénéficiaire à une coopération égale.

Cette mutation profonde se produira d’abord par un recentrage du partenariat de l’aide vers le commerce et l’investissement. En ce sens, plusieurs grands acteurs économiques africains ont publié une tribune dans Le Point, expliquant que « le capital doit être au cœur de la stratégie européenne de développement du continent ». Ils ont souligné que « les investissements européens, s’ils sont judicieusement dirigés, peuvent devenir de puissants leviers pour encourager l’innovation, renforcer les infrastructures et promouvoir une croissance économique durable en Afrique. L’Afrique, en revanche, a beaucoup à offrir et dispose de ressources humaines et naturelles exceptionnelles. 

Cependant, pour permettre cette synergie vertueuse, les Européens doivent abandonner leur perception exagérée du risque en Afrique. Cette surestimation du risque impacte l'attractivité des pays africains, rendant le coût du capital prohibitif pour les investisseurs, avec des taux d'intérêt bien plus élevés qu'en Europe ou aux USA. Les agences de notation, acteurs clés de ce processus, doivent donc adopter une approche plus nuancée et équilibrée. Cette hausse des investissements européens devrait prendre davantage en compte les priorités du continent africain, notamment en termes d'accès à l'énergie dans un territoire où 43% de la population manque encore d'électricité.

L’industrialisation de l’Afrique en dépend. Ce développement des infrastructures et le transfert de technologie attendu permettront à l’Afrique de bénéficier davantage de la valeur ajoutée de sa production, rééquilibrant les relations entre les deux continents. Enfin, au-delà de cette solution économique, les principales solutions pour établir un partenariat constructif et surmonter les errements des décennies précédentes résideraient également dans la réduction de l’écart entre « les engagements et la réalisation », dans la reconnaissance des différences lorsqu’elles surviennent et dans la gestion respectueuse des positions conflictuelles. 

Plus généralement, revoir le cadre de partenariat UA-UE en passant d’acteurs essentiellement institutionnels et étatiques à un partenariat impliquant davantage d’acteurs privés et de sociétés civiles pourrait également permettre de repenser en profondeur le fonctionnement des relations entre les deux continents. C’est en ce sens qu’Hervé Berville, alors député français chargé de la lutte contre les inégalités mondiales et rapporteur de la commission des Affaires étrangères, appelait à « désétatiser la relation avec l’Afrique » en mettant en œuvre un « agenda de résultats », fondé sur « l’innovation ». et évaluation », et faire pleinement confiance aux sociétés civiles.

© Jean CLARYS, 2024. Tous droits réservés

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