évenementiels
Dans l'espace, on ne peut pas défendre ce qu'on ne peut pas voir.
Au moment de la rédaction, il y a 15,600 satellites actifs en orbite. D'ici 2035, plus de 43,000 Des satellites auront été lancés. Autrement dit, l'orbite est de plus en plus encombrée. Mais elle est aussi – de plus en plus – disputée, les pays rivaux surveillant régulièrement les actifs des autres et développant la capacité de détruire, de neutraliser ou d'intercepter des satellites. Étant donné le rôle vital que joue l'infrastructure spatiale européenne pour notre défense (sans parler de notre économie), il va de soi que nous devons pouvoir observer ce qui s'y passe. écrit Kammy Brun, directrice générale de Simera Sense France.
La surveillance de l'espace (SSA) désigne la capacité à observer ce qui se passe en orbite. C'est un domaine en pleine expansion : on estime que, dans les dix prochaines années, les dépenses cumulées consacrées à la SSA atteindront… atteindre 61 milliards de dollars (52.6 milliards d'euros) dont les trois principaux contributeurs seront les États-Unis, la Chine et la Russie. Ceci témoigne d'une prise de conscience croissante, au sein des gouvernements et des agences de défense, non seulement des risques encourus par les satellites, mais aussi de la difficulté fréquente à identifier les activités hostiles. En effet, l'orbite terrestre étant un bien commun mondial dont le trafic est largement coordonné sur une base volontaire, déterminer précisément les causes d'une défaillance de satellite ou les responsabilités en cas de collision représente un obstacle majeur. Des pays comme la Russie exploitent cette ambiguïté, menant une forme de guerre hybride qu'ils peuvent plausiblement nier et qui n'atteint jamais le seuil d'un conflit ouvert. Les capacités de contre-espace, tant défensives qu'offensives, nécessitent des données et des services de situation spatiale pour l'identification des cibles et l'évaluation des menaces.
Il est difficile de surestimer les ravages qu'entraînerait la destruction grave d'un satellite ou d'un groupe de satellites d'importance stratégique. L'infrastructure spatiale européenne soutient environ 25 % du marché européen des services, générant des revenus essentiels grâce aux communications par satellite, à l'observation de la Terre et aux systèmes de navigation comme Galileo. Ces systèmes sont indispensables à notre vie quotidienne. Banque, logistique, aviation, prévisions météorologiques, interventions d'urgence, chronométrage de précision : tous ces services dépendent de l'espace. Une défaillance majeure d'un satellite aurait des conséquences dramatiques sur le terrain.
L'Europe, ses États membres et ses agences de défense ne peuvent se permettre de laisser leur infrastructure satellitaire sans protection. Or, cette protection commence par une surveillance accrue. Des signes encourageants se manifestent, notamment l'engagement du gouvernement français d'investir des milliards d'euros supplémentaires dans des projets de défense spatiale entre 2026 et 2030, et la stratégie spatiale allemande, qui prévoit un investissement de 35 milliards d'euros dans le domaine spatial militaire. Toutefois, la surveillance de l'espace (SSA) doit être considérée comme une priorité stratégique à l'échelle du continent si nous, Européens, souhaitons véritablement faire preuve de résilience face à l'agression et acquérir l'autonomie stratégique – un objectif de longue date de l'Union européenne – qui nous permettra de naviguer dans le contexte géopolitique actuel en constante évolution.
Nous vivons une époque dangereuse, et les analystes considèrent de plus en plus l'espace comme un théâtre de compétition actif. La Russie a déjà démontré sa volonté de cibler, par le brouillage et l'interférence, les systèmes spatiaux dont dépend l'Europe. La Chine, quant à elle, développe rapidement l'infrastructure nécessaire pour devenir une superpuissance spatiale militaire, notamment grâce à sa méga-constellation en orbite terrestre basse (LEO), Guowang. La Chine a déjà déposé une demande auprès de l'Union internationale des télécommunications pour placer 12 992 satellites en orbite, soit environ 1 000 de plus que le nombre autorisé jusqu'à présent pour Starlink. L'Europe dispose d'infrastructures de recherche de pointe, d'une technologie optique haute résolution de premier ordre permettant à un satellite de détecter un objet minuscule à des kilomètres de distance, et d'une multitude d'ingénieurs, de scientifiques et d'entrepreneurs talentueux. Le continent abrite également certains des pays les plus riches du monde. Nous possédons tous les atouts pour développer une surveillance de l'espace souveraine capable de rivaliser avec les meilleures au monde.
Il s'agit désormais de transformer cette matière première en un système opérationnel. Aujourd'hui encore, le besoin d'une surveillance continue et sécurisée des actifs spatiaux demeure criant. La quasi-totalité des capacités actuelles de surveillance de l'espace (SSA) est basée au sol ; Leolab, aux États-Unis, détient par exemple une part de marché importante. Cependant, aucune capacité opérationnelle de SSA spatiale n'est encore disponible sur le marché, malgré les nombreux avantages tactiques et techniques significatifs qu'elle présente. Selon NovaSpace, au cours de la prochaine décennie, 49 % des satellites SSA SB devraient être utilisés pour la surveillance et le suivi de l'espace (SST) et 37 % pour la connaissance du domaine spatial (SDA).
En effet, le SB-SSA offre une capacité de suivi discret des actifs spatiaux, moins vulnérable que son homologue terrestre. Un pays hostile peut localiser un télescope SSA terrestre. Le SB-SSA peut observer et suivre les objets à tous les niveaux orbitaux ; tout dépend de l’emplacement des charges utiles SSA : orbite terrestre basse (LEO), orbite terrestre moyenne (MEO) ou orbite géostationnaire (GEO). L’absence de frontières dans l’espace confère au SB-SSA un autre avantage : l’extraterritorialité. L’installation et l’exploitation d’un système SSA terrestre nécessitent une autorisation locale.
Nous devons nous procurer rapidement nos caméras, capteurs et logiciels, les connecter et les mettre à la disposition des personnes concernées. Cela nécessitera une coopération bien plus étroite entre les gouvernements européens, les agences de défense et les entreprises privées. Et cela commence par la prise de conscience du caractère essentiel de la surveillance de l'espace, qui doit être financée, déployée à grande échelle et mise en œuvre avant qu'une crise ne révèle nos faiblesses.
Il n'y a pas une seconde à perdre.
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