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Élections européennes 2024

Les élections européennes n'ont pas beaucoup changé mais ont déclenché un vote crucial en France

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Par Denis MacShane

Les élections au Parlement européen, avec leur faible taux de participation, leurs politiciens inconnus et leur utilisation comme vote de protestation contre les gouvernements en place, ont pris vie avec la décision du président Macron de dissoudre le Parlement français.

Il organise en effet un plébiscite demandant au peuple français et indirectement au reste de l'Europe si son avenir est un retour aux politiques de haine, de nationalisme et de xénophobie qui ont connu leur apogée dans les années 1930.

La Grande-Bretagne a déjà décidé, si l’on en croit les sondages, que le nationalisme anglais anti-européen des conservateurs du Brexit n’est plus ce que les quatre nations du Royaume-Uni font plus confiance ou veulent.

Sans la bombe de Macron, le résultat des élections au Parlement européen aurait été à la hauteur des attentes

Le taux de participation était faible, à peine 50 pour cent. 

Les socialistes ont bien réussi en Espagne, les pro-européens ont gagné en Pologne, les Verts se sont effondrés et le plus grand parti libéral est dirigé par Macron… qui a lourdement perdu. 

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L'extrême droite n'a remporté que neuf sièges supplémentaires sur un Parlement de 720 députés.

Il n’y a pas de prise de contrôle brutale de l’Europe par la droite.

En effet, le parti populaire européen de centre-droit, le PPE, a remporté huit sièges supplémentaires. 

David Cameron a quitté le PPE en 2009 pour apaiser l'aile xénophobe nationaliste anglaise croissante de son parti conservateur, qui est maintenant dans un état si désolant.

Marine Le Pen oscille depuis plus d'un an à plus de 30 pour cent dans les sondages et ce vote a été confirmé dimanche.

Mais dans l’ensemble, la composition du Parlement européen n’a pas radicalement changé, avec plus d’eurodéputés sociaux-démocrates élus que d’extrême droite.

J’ai parlé au président Macron au Palais de l’Elysée en avril et il est pleinement informé de l’arrivée probable d’un gouvernement britannique stable à parti unique qui voudra tourner la page du chaos et des contradictions de l’idéologie conservatrice de l’ère du Brexit.

En convoquant de nouvelles élections parlementaires, Macron invite en fait la politique française à grandir.

Les partis politiques français sont soit des partis à vocation unique comme Les Verts, les Verts, soit comme les socialistes et les gaullistes qui ont alterné au sein du gouvernement entre 1980 et 2016 et se sont divisés en factions comme nos conservateurs et réformateurs ou les factionnalistes d'extrême gauche anti-européenne Jeremy Corbyn qui a maintenu les travaillistes dans l’opposition après 2015.


En écoutant les différents « moi, moi, moi » de gauche et de droite à la radio et à la télévision françaises s’arracher les uns les autres, il est peu probable qu’ils trouvent une unité pour empêcher Marine Pen de remporter la majorité trois jours après l’entrée de Sir Keir Starmer dans Downing Street.


Pourtant, le président français est le directeur général de la France. 

Aucune loi ne peut être votée sans son approbation. Jordan Bardellais, 28 ans, est le chouchou de Marine Le Pen. Il est jeune, beau et ne dit absolument rien hormis les généralités les plus vagues.

C'était un député européen qui ne s'est jamais présenté. 

Il apparaît à la télévision française comme toutes les Françaises de l'âge du petit-fils préféré de Marine Le Pen – « Comme il est beau !

Comme peut-être notre Chris Philp (un ministre d'État britannique chargé de la criminalité), Jordan ne tiendrait pas deux minutes aux mains d'Emma Barnett ou de Cathy Newman (chaînes de télévision britanniques)

Les Français attendent de leurs hommes politiques qu'ils soient des intellectuels légistes et Bardella a été choisi précisément parce qu'il ne représente pas un défi pour Marine Le Pen.

L’extrême droite européenne est désormais divisée sur le financement de l’UE et les subventions aux électeurs et aux immigrés.

Marine Le Pen a appelé à l'expulsion des groupes politiques européens d'extrême droite allemande. Elle est également furieuse contre la politique de sa sœur politique Giorgia Meloni qui consiste à pousser les demandeurs d'asile sans papiers qui atterrissent en Italie à travers la frontière vers la France.

Il existe également d'âpres divisions sur le soutien de la Cinquième Colonne de Vladimir Poutine dans l'UE, dirigée par les dirigeants de droite anti-UE hongrois et slovaques, le Hongrois Viktor Orbán, le Néerlandais Geert Wilders ou le Slovaque Robert Fico.

Bref, les trois prochaines années verront l’extrême droite européenne divisée et incertaine dans ses alliances.

Macron ne pourra pas se représenter en 2027. 

Il est donc temps de voir si de nouveaux dirigeants peuvent émerger du courant démocratique dominant. 

Raphäel Glucksmann a fait forte impression en tant que jeune homme politique socialiste qui a amené les socialistes à un cheveu de dépasser les libéraux de Macron.

Macron n’a qu’à s’en prendre à lui-même. 

Depuis son arrivée à l’Elysée en 2017, il a imposé à la France un programme économique ultra libéral d’élite de Davos qui a créé trop de perdants qui se sont sentis laissés pour compte.

Ils ont été tentés par la démagogie de Le Pen selon laquelle tout était de la faute des immigrés, des musulmans ou des fonctionnaires européens.

Les trois prochaines années montreront si la vieille démagogie des années 1930 fonctionne ou si la classe politique française peut se renouveler et parler avec et pour la France entière.

* Denis MacShane est l'ancien ministre britannique de l'Europe qui a vécu et travaillé en France et a écrit la première biographie en anglais du président socialiste français François Mitterrand.

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EU Reporter publie des articles provenant de diverses sources extérieures qui expriment un large éventail de points de vue. Les positions prises dans ces articles ne sont pas nécessairement celles d'EU Reporter.

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