Angela Merkel et Emmanuel Macron se sont rencontrés à Meseberg, au nord de Berlin, pour leur premier face-à-face depuis des mois. La chancelière allemande a proclamé que lorsque la France et l'Allemagne sont d'accord, l'UE n'est pas toujours d'accord, mais lorsque la France et l'Allemagne ne sont pas d'accord, il ne peut y avoir d'accord. À bien des égards, cela va sans dire, mais c'est le reflet de la position du pouvoir au sein de l'Union européenne, écrit Darren McCaffrey.
Pour des raisons historiques, l'Allemagne a publiquement évité d'exercer ouvertement le pouvoir. Mais c'est clairement le cas. Ursula von der Leyen dirige la Commission, les diplomates allemands dominent les coulisses. La taille de sa population lui confère la plus grande représentation au sein du Parlement européen. Aujourd'hui (1er juillet), il prend la présidence tournante.
Emmanuel Macron a qualifié le moment de vérité, exhortant les dirigeants à conclure un accord sur le fonds de relance lorsque le groupe se réunira enfin en personne le mois prochain. Des objections subsistent, en particulier de la part des quatre soi-disant frugaux, sur la taille et l'échelle du fonds, son mélange de prêts et de subventions et de savoir qui reçoit combien.
Ces derniers jours, des objections ont été exprimées (par des pays comme le Danemark) sur le montant d'argent reçu par des pays comme la Pologne, d'où j'écris ce bulletin. Il devrait recevoir une contribution nette de 16 milliards d'euros, juste derrière l'Espagne. L'Italie, par exemple, devrait recevoir 22 milliards d'euros, rapporte The Guardian. Le Premier ministre danois veut savoir pourquoi, puisque la Pologne a signalé moins d'infections et de décès dus au virus et que son économie a été moins durement touchée.
Juste une facette d'un réseau complexe, ce qui entraînera des négociations difficiles dans les semaines à venir. Et c'est pourquoi le rôle de Merkel s'avérera si crucial. L'Allemagne est coincée entre un nord hésitant et un sud désespéré. Cette crise a effectivement vu la plus grande économie européenne changer de camp, s'alignant sur la France, l'Espagne et l'Italie pour accepter une harmonisation historique de la dette de l'UE. L'Allemagne a pris conscience du fait qu'elle a également besoin de l'Union européenne.
L’Allemagne a tant gagné de son adhésion, en particulier au cours des 20 années écoulées depuis l’introduction de l’euro. Oui, il s'agit peut-être du plus grand contributeur net de l'Union, mais son économie a fait de grands progrès sans une appréciation massive de l'euro, permettant à sa base manufacturière de rester compétitive, tout en lui donnant également accès au marché unique le plus riche du monde. À Berlin, l'ambiance s'est déplacée vers la préservation du modèle, même si cela signifie faire des compromis sur les lignes rouges précédentes pour protéger son propre intérêt.
La présidence allemande du Conseil de l'Union européenne sera probablement la plus difficile à affronter à ce jour par un État membre. Il ne s'agit pas seulement du fonds de relance de 750 milliards d'euros qui doit être approuvé, mais aussi de ces négociations embêtantes et délicates sur le Brexit sur le commerce futur et de la volonté de faire de l'Europe un continent plus vert. Mais peut-être que la présidence est arrivée au meilleur moment pour l’Union européenne? L'Allemagne et Mme Merkel ont la puissance politique et économique pour diriger le navire dans ces eaux agitées. Ce ne sera pas facile, mais il faudrait en conclure que si quelqu'un peut le faire, ce sera le leader national le plus titré d'Europe.


