Suivez nous sur

La législation européenne sur les déchets

La crise des décharges en Europe : pourquoi pénaliser la solution n'a aucun sens

PARTAGEZ:

Publié

on

Nous utilisons votre inscription pour vous proposer du contenu selon vos préférences et pour mieux vous connaître. Vous pouvez vous désabonner à tout moment.

Une nouvelle étude des instituts de recherche européens ifeu et Prognos Consulting lance un avertissement clair concernant une menace que nous ne pouvons plus ignorer : les émissions de méthane provenant des déchets mis en décharge mettent en péril les objectifs climatiques de l’UE., écrit Siegfried Scholz, président de l'Association européenne des fournisseurs de technologies de valorisation énergétique des déchets (ESWET).

Le méthane représente une menace pour le climat. Il retient 80 fois plus de chaleur que le CO₂ sur 20 ans par tonne émise et est responsable d'environ un tiers du réchauffement climatique actuel. Ce gaz s'échappe lorsque des matières organiques – restes alimentaires, papier ou déchets verts – se décomposent dans des conditions souterraines pauvres en oxygène. Une fois enfouies, ces matières libèrent du méthane pendant des décennies.

Même si l'UE atteint son objectif ambitieux de ne mettre en décharge que 10 % des déchets municipaux d'ici 2035, les émissions cumulées de méthane provenant des seuls nouveaux déchets déposés sur les sites existants atteindront 700 millions de tonnes d'ici 2050. Cela équivaut aux émissions de CO₂ de la quasi-totalité du secteur énergétique de l'UE.2 Les émissions prévues pour 2022, selon le groupe de réflexion énergétique Amber, ne tiennent même pas compte des émissions provenant des millions de tonnes de déchets qui continuent de s'accumuler sur les sites jusqu'en 2022.

Le problème est répandu, mais invisible à l'œil nu, car le méthane est inodore et incolore. Heureusement, de nouvelles études basées sur l'imagerie satellite ont permis de mieux comprendre ce phénomène et de révéler d'importantes fuites provenant des décharges européennes. Des études récentes montrent que Madrid a connu à elle seule des épisodes de « super-émissions » entre 2021 et mi-2023, avec des rejets moyens de 3 à 4 tonnes de méthane par heure. Les émissions enregistrées dans la capitale espagnole ne sont pas des incidents isolés sur des sites abandonnés, mais des émissions continues provenant de décharges établies de longue date.

La solution semble simple : réduire le gaspillage alimentaire, augmenter les taux de recyclage et privilégier la réutilisation autant que possible. Mais la réalité est plus complexe. Même les campagnes de prévention des déchets les plus ambitieuses laissent des déchets biogéniques résiduels, tels que les restes alimentaires, le papier souillé et les matières organiques contaminées, qui ne peuvent être recyclés. Cette part inévitable de déchets doit bien être traitée. La question est de savoir si elle se décomposera dans des décharges privées d’oxygène, libérant du méthane pendant des décennies, ou si les déchets résiduels peuvent être éliminés de manière plus appropriée.

La technologie de valorisation énergétique des déchets (VAD) offre une solution éprouvée. En traitant thermiquement les déchets résiduels, elle élimine totalement les émissions de méthane tout en produisant du chauffage urbain et de l'électricité pour les collectivités locales. Ce procédé permet également de récupérer des métaux qui, autrement, resteraient enfouis et seraient perdus à jamais, et de produire des matériaux comme les granulats pour la construction. Conformément à la directive européenne sur les émissions industrielles, les installations de VAD doivent respecter des normes environnementales strictes, bien plus contraignantes que celles de la plupart des activités industrielles. À l'avenir, la technologie de captage du carbone promet d'atteindre des émissions négatives grâce à la séquestration du carbone biogénique. Le Royaume-Uni vient de lancer la construction de sa première installation de captage du carbone à grande échelle pour un site de VAD, ouvrant la voie à des solutions similaires sur le continent européen et au-delà.

La valorisation énergétique des déchets (VAD) traite les déchets non recyclables et va se développer considérablement, permettant à l'Europe d'atteindre ses objectifs de réduction des déchets mis en décharge. Si l'UE est déterminée à enfouir moins de 10 % de ses déchets résiduels d'ici 2035, conformément aux objectifs actuels, elle aura besoin de la VAD pour traiter les déchets qui ne peuvent être ni prévenus, ni réutilisés, ni recyclés.

Publicité

Pourtant, Bruxelles envisage actuellement une politique qui compromettrait cette solution. L'extension proposée du système d'échange de quotas d'émission (SEQE) aux usines d'incinération des déchets obligerait les exploitants à acheter des permis d'émission pour chaque tonne de CO₂ produite lors du traitement thermique. L'augmentation des tarifs d'entrée, nécessaire pour couvrir le coût de ces permis, entraînerait inévitablement une répercussion sur le contribuable, contraignant les municipalités européennes à envisager d'autres solutions de gestion des déchets.

Le résultat est paradoxal : alors que l’Europe s’efforce de réduire la mise en décharge, elle pénaliserait simultanément l’infrastructure même – les installations de valorisation énergétique des déchets – nécessaire à la réalisation de cet objectif. Cette solution ignore également la circularité permise par ces installations : récupération des métaux, production de chaleur et d’électricité, production de granulats et potentiel de captage et d’utilisation du carbone qui serait autrement perdu. Plus grave encore, l’éventuelle extension du système d’échange de quotas d’émission (SEQE) aux installations de valorisation énergétique des déchets ne tient pas compte des émissions de méthane évitées.

Les réponses aux consultations de l'UE sur ce sujet révèlent une large opposition de la part des acteurs industriels qui reconnaissent cette contradiction. Si l'objectif est d'empêcher les émissions de méthane dans l'atmosphère, on ne peut pas, simultanément, compromettre l'alternative la plus viable à la mise en décharge des déchets biogéniques résiduels.

L'UE est confrontée à un choix crucial. Elle peut opter pour une tarification du carbone purement idéologique qui perpétue involontairement le statu quo en matière de mise en décharge, ou elle peut reconnaître que la prévention de décennies de fuites de méthane justifie un traitement thermique contrôlé des déchets, notamment lorsque la technologie de captage du carbone peut rendre ces installations à bilan carbone négatif.

Si l'Europe souhaite réellement respecter son engagement juridiquement contraignant d'atteindre la neutralité carbone d'ici 2050, elle doit adapter les incitations aux résultats. Cela implique d'accélérer la suppression progressive de la mise en décharge des déchets biogéniques, de développer les infrastructures de recyclage et de soutenir, au lieu de saboter, les installations de traitement thermique qui empêchent le rejet de méthane dans l'atmosphère tout en valorisant les ressources précieuses.

La crise climatique exige une approche radicalement différente. L’Europe doit privilégier des solutions efficaces, et non des politiques séduisantes sur le papier mais vouées à l’échec dans la pratique.

Partagez cet article:

Partager:
Contributeur Invité - Opinion

Les opinions exprimées sont purement celles de l'auteur et ne sont pas approuvées par EU Reporter.

EU Reporter publie des articles provenant de diverses sources externes qui expriment un large éventail de points de vue. Les positions exprimées dans ces articles ne reflètent pas nécessairement celles d'EU Reporter. Veuillez consulter l'intégralité de l'article d'EU Reporter. Conditions générales de publication Pour plus d'informations, EU Reporter utilise l'intelligence artificielle comme outil pour améliorer la qualité, l'efficacité et l'accessibilité journalistiques, tout en maintenant une supervision éditoriale humaine stricte, des normes éthiques et une transparence dans tous les contenus assistés par l'IA. Veuillez consulter l'intégralité de EU Reporter. Politique d'IA pour en profiter.

Tendances